Cinéma. David Chase : « “Les Soprano” ont complété mon éducation »

 Le scénariste des « Soprano » raconte au « Monde » pourquoi il a choisi, avec le film « Many Saints of Newark », de faire une préquelle et à quel point il se méfie autant des studios hollywoodiens que du petit écran.

Un créateur échappe-t-il jamais à ses créatures ? C’est en tout cas la malédiction de David Chase, 76 ans. On doit au scénariste américain l’une des séries les plus dévotement suivies de ces trente dernières années, Les Soprano, dont les six saisons ont été produites et diffusées par la chaîne HBO. Depuis l’arrêt du programme, en 2007, ce fils d’un quincaillier du New Jersey s’emploie à le tenir à distance.

Féru des films de Fellini, il s’est ainsi tourné vers le cinéma, après quarante ans à écrire pour la télévision. Avec Not Fade Away, sa première réalisation, qui a essuyé un violent échec critique et commercial à sa sortie, en 2012. Et, aujourd’hui, avec Many Saints of Newark, qu’il a coproduit et coécrit, mais dont il a confié la mise en scène à Alan Taylor, l’un de ses collaborateurs sur Les Soprano.

Soit une plongée dans la jeunesse des personnages de la série, rongés par le racisme, le machisme et le familialisme mafieux. Le titre se réfère au patronyme de son personnage principal, le malfrat Richard Moltisanti (« plusieurs saints », en italien). C’est aussi, pour David Chase, une déclaration d’intention : Newark, la ville du New Jersey où il a ancré sa mythologie, ne saurait être réduite à Tony Soprano, saint patron de la pègre et de la psychanalyse. Las, de tous les anges et démons qui la peuplent, c’est bien autour de cette divinité-là que la Warner a centré ses campagnes de promotion.

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Joint par téléphone, David Chase évoque sans détour pourquoi il se défie autant des studios hollywoodiens que du petit écran, lui qui lui a pourtant offert ses lettres de noblesse. Traversée d’une grande lassitude, et d’une pointe d’espièglerie, sa voix témoigne des épisodes dépressifs dont il souffre depuis l’enfance ‒ une autre de ses nombreuses malédictions.

Pourquoi avoir repris, avec « Many Saints of Newark », les personnages des « Soprano » ?

Propos recueillis par Aureliano Tonet / Le Monde

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