Canada : Mettre fin à la détention de personnes migrantes dans des prisons provinciales

 Les gouvernements des provinces canadiennes devraient résilier les contrats permettant la détention de personnes migrantes dans des prisons provinciales dans des conditions parfois abusives, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et Amnistie internationale lors du lancement d’une campagne nationale conjointe, #BienvenueAuCanada. 

Bien que les autorités canadiennes aient libéré un nombre considérable de migrant·e·s détenu·e·s depuis le début de la pandémie de Covid-19 en mars 2020, la proportion de migrant·e·s placé·e·s dans des prisons provinciales plutôt que dans des centres de surveillance de l’immigration a plus que doublé dans les six mois qui ont suivi le début de la pandémie.

Au Canada, les prisons provinciales servent à la détention de personnes en attente de jugement ou condamnées à une peine d’emprisonnement de moins de deux ans. Les personnes migrantes détenues dans ces prisons, qui sont souvent des établissements à sécurité maximale, sont non seulement confinées dans des conditions plus restrictives que celles placées dans des centres de surveillance de l’immigration, mais elles sont aussi plus susceptibles de rester enfermées plus longtemps. 

« En laissant le gouvernement fédéral transférer des personnes migrantes dans les prisons provinciales, où elles risquent de rester pour un temps indéterminé, les autorités provinciales participent aux violations des droits humains commises par Ottawa », a déclaré Samer Muscati, directeur adjoint de la division Droits des personnes handicapées à Human Rights Watch. « Les gouvernements provinciaux ont là l’occasion de prendre les devants en se retirant de ces contrats, qui constituent un terreau pour des violations graves sur leur propre territoire. »

D’après les statistiques gouvernementales, sur une période de trois ans allant d’avril 2017 à mars 2020, environ un cinquième des personnes migrantes détenues étaient incarcérées dans 78 prisons provinciales sur tout le territoire canadien. Dans les six mois qui ont suivi le début de la pandémie (entre avril et septembre 2020), 50 pour cent des personnes migrantes détenues se trouvaient dans des prisons provinciales. La durée d’emprisonnement moyenne – 29 jours – a plus que doublé par rapport à la même période l’année précédente, et au moins 85 personnes sont restées enfermées plus de 100 jours.

« J’ai été arrêté sans motif ; mes effets personnels ont été saisis, y compris les piles de mon appareil auditif » a déclaré Abdelrahman Elmady, un homme égyptien avec un handicap auditif, qui a témoigné dans l’une des vidéos de la campagne diffusée le 14 octobre 2021. Il raconte son emprisonnement dans trois prisons provinciales de Colombie-Britannique après avoir fui son pays pour le Canada en quête d’asile. « J’ai toujours eu besoin de mon appareil [auditif], et là d’un coup, je me suis retrouvé en prison, perdu, effrayé, et incapable d’entendre quoi que ce soit. Personne ne m’a dit combien de temps j’allais rester en prison. »

Freedom1 / Human Rights Watch

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