La démocratie vacille en Tunisie face à un Kais Saied tout-puissant

 Alors que le président Kais Saied a encore renforcé sa mainmise, les inquiétudes se font sentir pour la pérennité de la démocratie en Tunisie, seul pays à avoir réussi sa transition démocratique après le Printemps arabe de 2011.

La Tunisie est-elle en train de basculer vers un régime autoritaire? Le 25 juillet dernier, le président Kais Saied annonçait la dissolution du gouvernement et la suspension du Parlement. Il prenait ainsi les pleins pouvoirs. Son objectif était de lutter contre la corruption qui gangrène le pays jusqu'à l'Assemblée parlementaire. Il avait promis un retour à la normale après un mois.

Mais cela fait maintenant deux mois que le président a pris les rênes du pays. Mercredi soir, il a encore renforcé sa mainmise. Kais Saied a formalisé son coup de force en promulguant des dispositions exceptionnelles renforçant ses pouvoirs au détriment du gouvernement et du Parlement, auquel il va de facto se substituer en légiférant par décrets.

Les islamistes visés

Le 25 juillet, les Tunisiens avaient célébré le coup de force de leur président. Depuis la révolution de 2011, la corruption a explosé et la situation économique est devenue bien plus difficile encore que du temps du dictateur Zine el-Abidine Ben Ali.

Aujourd'hui, les Tunisiens associent régime parlementaire à gabegie, corruption et interminable crise économique.

Le peuple tunisien y voit un coupable principal: les islamistes du parti Ennahdha, principale force politique du pays depuis la révolution. Une bonne partie des Tunisiennes et Tunisiens ont donc applaudi la prise de pouvoir du président le 25 juillet.

Le doute s'installe

Après l'euphorie de fin juillet, le doute s'est désormais installé dans la population.

Etudiants en droit, Hedi et Minyar sont d'anciens élèves de Kais Saied. Après l'avoir soutenu, Minyar, 20 ans, commence à s'inquiéter.

"On ne doit pas tomber dans le piège, on ne doit pas être aveuglés par une personne. Une seule personne qui a maintenant tous les pouvoirs. Jusqu'à quand on va rester dans cet état d'exception?", s'interroge-t-elle dans le reportage de l'émission Tout un monde.

L'état d'exception comme la Tunisie le vit depuis deux mois, jamais Ben Ali n'avait osé l'activer. Cette semaine, pour la première fois, les opposants de Kais Saied sont descendus dans la rue.

En plein coeur de Tunis, ces manifestants, souvent sympathisants des islamistes détrônés, ont clamé "Dégage!". Ce même slogan adressé il y a dix ans au dictateur Ben Ali est aujourd'hui destiné à Kais Saied.

"Il va y avoir des violences"

Observateur de la vie politique, Ahmed Soueb s'inquiète. Il n'a aucune sympathie pour les islamistes. Mais pour lui, Kais Saied, en s'accaparant tous les pouvoirs, a franchi toutes les limites.

"Il n'y a ni gouvernement, ni Parlement, c'est fou. Il est législateur, chef de gouvernement. Président de la République, il est juge pénal, juge constitutionnel. C'est ça le fascisme. Inéluctablement, s'il maintient son cap, il va y avoir un clash, des violences", prévoit le spécialiste.

Depuis deux mois, l'armée bloque toujours l'assemblée. La démocratie tunisienne est à l'arrêt. L'inquiétude gagne de plus en plus la communauté internationale et les défenseurs des droits de l'Homme.

Par Maurine Mercier/gma/ RTS info

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