Face aux polémiques, Facebook suspend un projet d'Instagram pour les enfants

 L'entreprise Facebook a annoncé lundi qu'elle allait "mettre sur pause" son travail sur une version d'Instagram destinée aux moins de 13 ans. Elle entend ainsi apaiser les critiques émises au sujet de l'impact sur la santé mentale des enfants.

L'idée de l'entreprise dirigée par Mark Zuckerberg est de construire une version d'Instagram pour les 10-12 ans, différente de celle destinée aux plus âgés, sans publicités et avec des contenus appropriés. Cette version demandait également l'autorisation des parents.

En mai dernier, les procureurs généraux de 44 Etats avaient adressé une lettre au fondateur du groupe californien évoquant les recherches montrant une corrélation entre l'utilisation des réseaux sociaux et la "hausse de la détresse psychologique et des comportements suicidaires au sein de la jeunesse".

Troubles psychologiques graves

La lettre mentionnait aussi les torts causés par la comparaison permanente avec ses pairs, comme les troubles de l'alimentation, ainsi que les dangers du harcèlement en ligne ou de la pédophilie. Un collectif militant contre le marketing ciblant les enfants avait envoyé quelques semaines plus tôt une lettre à Mark Zuckerberg allant dans le même sens.

En outre, cette suspension intervient peu après une enquête du Wall Street Journal, qui a révélé que les études menées par Facebook lui-même durant les trois dernières années montrent qu'Instagram cause des dommages à de nombreux jeunes utilisateurs, et particulièrement les jeunes utilisatrices.

L'entreprise avait par exemple noté, lors d'un colloque interne, que 13% des jeunes Britanniques et 6% des jeunes aux États-Unis qui disent avoir eu des pensées suicidaires établissent un lien avec leur usage d'Instagram.

"Project Amplify"

Dans un communiqué publié dimanche, le géant des médias sociaux assure pour sa part que le quotidien américain a "mal interprété" ses recherches. Mais cette excuse passe mal. En effet, elle n'est pas sans rappeler les stratégies des entreprises de tabac dans la seconde moitié du siècle dernier, qui a longtemps cherché à nier le caractère cancérigène de ses produits alors qu'elles en avaient la preuve depuis les années 1950.

Par ailleurs, dans un article publié mardi dernier, le New York Times a pour sa part révélé que Mark Zuckerberg aurait lui-même validé un projet répondant au nom de code de "Project Amplify" et visant à promouvoir, dans le fil d'actualité des utilisatrices et utilisateurs, des publications donnant une image positive du réseau social.

Les jeunes mentent sur leur âge

Face à ces différents scandales et critiques, le groupe souhaite prendre plus de temps pour s'expliquer et pour "travailler avec les parents, les experts et les décideurs politiques afin de démontrer la valeur et la nécessité de ce service", explique lundi le responsable d'Instagram Adam Mosseri sur le blog du réseau social.

L'entreprise se dit toutefois toujours convaincue de l'intérêt de concevoir une version pour les plus jeunes, faisant valoir que les enfants "sont déjà sur Instagram". "Les enfants ont des téléphones de plus en plus jeunes" et qu'ils "mentent sur leur âge" pour télécharger des applications destinées aux plus âgés, justifie le billet de blog.

Il est ainsi hors de question d'abandonner le projet. Cette suspension de l'"Instagram Kids" ne signifie pas que le groupe reconnaît que le projet est une mauvaise idée, assure Facebook. Au contraire, Adam Mosseri estime que c'est "la bonne chose à faire".

Ajustements provisoires

En attendant de reprendre le développement de leur nouvelle version, le réseau social dit vouloir continuer à installer de nouveaux outils pour "permettre aux parents de superviser les comptes de leurs enfants" sur Instagram.

Il avait déjà dévoilé quelques mesures devant renforcer à la marge la sûreté des comptes des adolescents, en les rendant notamment privés par défaut. Le groupe prévoit de faire des annonces dans les mois à venir.

Freedom1 /  agences

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