L'UE convoque l'ambassadeur de Biélorussie après l'arrestation d'un opposant

 Les Etats-Unis ont demandé la libération de l'opposant biélorusse Roman Protassevitch, arrêté par Minsk à la suite de l'interception de l'avion où il se trouvait. De son côté, l'Union européenne a convoqué l'ambassadeur de Biélorussie.

Les Etats-Unis "condamnent fermement le détournement forcé d'un vol entre deux Etats membres de l'UE, et l'exfiltration puis l'arrestation qui ont suivi du journaliste Roman Protassevitch à Minsk. Nous exigeons sa libération immédiate", a déclaré le secrétaire d'Etat américain, Antony Blinken, dans un communiqué.

L'Organisation de l'aviation civile internationale, organisme rattaché à l'ONU, a avancé que l'atterrissage forcé "pourrait être une violation de la Convention de Chicago", qui protège la souveraineté de l'espace aérien des nations.

"C'était visible qu'il avait très peur"

Roman Protassevitch, 26 ans, ancien rédacteur en chef de l'influent média d'opposition biélorusse Nexta, a été interpellé dimanche après-midi à la suite de l'atterrissage d'urgence à l'aéroport de Minsk du vol FR4978, un Boeing 737-800 de Ryanair effectuant la liaison Athènes-Vilnius.

En début de soirée, l'appareil a finalement pu reprendre son vol à destination de la Lituanie, un pays balte membre de l'Union européenne, où il s'est posé avec plusieurs heures de retard sur l'horaire prévu - sans Roman Protassevitch.

"Il ne criait pas, mais c'était visible qu'il avait très peur. On aurait dit que si le hublot avait été ouvert, il aurait sauté", a relaté un passager de l'avion. "Il s'est juste tourné vers les gens et a dit qu'il risquait la peine de mort", a raconté une autre personne à bord.

C'est également ce qu'a avancé sur Twitter la figure de l'opposition biélorusse en exil en Lituanie, Svetlana Tikhanovskaïa, une "peine de mort" que la Biélorussie est la dernière en Europe à appliquer.

Des sanctions européennes?

Le service diplomatique européen a convoqué l'ambassadeur de Biélorussie auprès de l'UE pour lui faire part de la condamnation des institutions européennes et des Etats membres du déroutage "inadmissible" de l'avion.

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE vont quant à eux discuter lundi soir de nouvelles sanctions contre le pays. "L'incident ne restera pas sans conséquences", a averti le président du Conseil européen, Charles Michel.

L'UE a d'ores et déjà fustigé "une action complètement inacceptable" de la part de Minsk. La confirmation de l'arrestation du journaliste a de fait provoqué un tollé, avec des déclarations courroucées de l'Allemagne, la France ou le Royaume-Uni. L'Otan a demandé une enquête internationale.

Pays voisins de la Biélorussie, la Pologne a parlé d'"acte de terrorisme d'Etat" et la Lituanie, qui a accordé le statut de réfugié à Roman Protassevitch, a dénoncé un "acte abject". La Lituanie et la Lettonie ont par ailleurs appelé les vols internationaux à ne plus passer par l'espace aérien bélarusse.

La Biélorussie est accusée d'avoir détourné un avion de ligne pour arrêter un journaliste opposant au régime. [RTS]RTS

Accusations rejetées

Les accusations européennes ont été rejetées comme "sans fondement" par Minsk, qui a assuré avoir agi dans la légalité en interceptant ce vol commercial après une alerte à la bombe finalement mensongère.

La Russie a de son côté jugé "choquantes" les réactions européennes, relevant que les Etats occidentaux s'étaient déjà rendus coupables "d'enlèvements, d'atterrissages forcés et d'arrestations illégales".

Freedom1/ afp

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