Pots-de-vin, pèlerinage et arbitrage : les coulisses agitées de la campagne pour la présidence du football africain

 L’élection du futur patron de la CAF doit avoir lieu le 12 mars. Cinq candidats sont en lice, dont Ahmad Ahmad, suspendu par la FIFA après des accusations de corruption.

Qui succédera à Ahmad Ahmad à la présidence de la Confédération africaine de football (CAF) ? Soupçonné de détournement de fonds, abus de pouvoir et distribution de cadeaux aux frais de la CAF, le dirigeant malgache, qui avait mis fin au long règne du Camerounais Issa Hayatou, a été suspendu par la commission d’éthique de la FIFA en novembre 2020 et empêché d’exercer pour une durée de cinq ans toute activité liée au football. Son remplaçant doit être désigné le 12 mars à Rabat. Mais, si les candidats sont nombreux, le processus électoral s’annonce d’ores et déjà passablement agité.

La CAF, à laquelle sont affiliées les cinquante-quatre fédérations de football du continent, organise l’ensemble des compétitions se déroulant sur le sol africain, notamment la Coupe d’Afrique des nations (CAN), le Championnat d’Afrique des nations (CHAN) et la Ligue des champions. Son président, élu pour un mandat quatre ans renouvelable, a quasiment rang de chef d’Etat. Il gère surtout un budget de plusieurs dizaines de millions d’euros. Avec plus ou moins de succès… Pour la saison 2020-2021, le bilan financier laisse apparaître un déficit structurel de près de 13 millions d’euros.

Malgré sa suspension et sa condamnation à payer une amende de 185 000 euros, Ahmad Ahmad n’exclut pas de se succéder à lui-même. Le Malgache de 61 ans a saisi le Tribunal arbitral du sport (TAS) pour contester son éviction. Si ce dernier lui donne raison, « Ahmad a promis de redemander l’examen de sa candidature par la commission de gouvernance de la CAF. Il voudra être auditionné », assure un de membres de sa garde rapprochée.

Candidatures validées

S’il est miraculeusement repêché, le président sortant devra affronter quatre autres candidats : l’Ivoirien Jacques Anouma, le Sénégalais Augustin Senghor, le Mauritanien Ahmed Yahya et le Sud-Africain Patrice Motsepe. Pour les deux premiers, la route est dégagée. L’Ivoirien âgé de 69 ans a un riche CV : ancien cadre chez Air France et Renault, puis chef du service financier de la présidence de la République entre 2000 et 2010 sous les ordres de Laurent Gbagbo, il a dirigé la Fédération ivoirienne de football (FIF) de 2002 à 2011 et a également été membre du Comité exécutif de la FIFA de 2006 à 2015. Augustin Senghor, avocat de formation, préside quant à lui la Fédération sénégalaise de football (FSF) depuis 2009. Neveu de Léopold Sédar Senghor, premier président de la République du Sénégal, le quinquagénaire est aussi maire de Gorée depuis novembre 2002.

Jacques Anouma et Augustin Senghor ont vu sans problème leur candidature validée. Ce qui n’est pas encore le cas de Patrice Motsepe et Ahmed Yayha, qui doivent être auditionnés le 28 janvier au siège de la CAF, au Caire. L’organisation, épinglée pour plusieurs scandales par le passé, compte se livrer à quelques vérifications.

S’il veut l’emporter à la tête de la CAF, Patrice Motsepe devra en effet répondre de l’invitation qu’il a lancée aux présidents des fédérations africaines à venir célébrer le cinquantième anniversaire de son club, Mamelodi Sundows, à Pretoria fin décembre 2020. Il existe « un courrier signé de sa secrétaire, dans lequel il était précisé que les billets d’avion et l’hébergement, entre autres, seraient intégralement pris en charge », précise une source qui a pu avoir accès à cette correspondance. Selon nos informations, une dizaine de dirigeants auraient accepté l’invitation du milliardaire sud-africain.

« Vice de forme »

Ce dernier ne sera pas le seul à devoir s’expliquer jeudi devant ses pairs. Ahmed Yahya, 44 ans, devra lui aussi se justifier : le président de la Fédération de football de la République islamique de Mauritanie (FFRIM) est notamment soupçonné d’avoir accompagné Ahmad Ahmad, un collaborateur de ce dernier et de quinze autres présidents de fédérations africaines en juin 2018, à La Mecque et à Médine, pour un pèlerinage organisé et payé avec les fonds de la CAF, pour un montant de 82 000 euros, selon des informations recueillies par Le Monde Afrique.

M. Yaya sera sans doute également interrogé sur le litige qui a opposé la fédération mauritanienne au club de l’ASAC Concorde, basé à Nouakchott. Ce club avait en effet attaqué en justice, en septembre 2016, le président de la FFRIM à propos des transferts de deux joueurs, Aly Abeid et El Hacen Id, à Levante, un club espagnol. Accusée d’avoir détourné 75 000 euros sur ces transferts, la fédération a été reconnue coupable en février 2017 par la chambre civile du tribunal de Nouakchott Ouest et condamnée à rembourser cette somme. Une décision confirmée en novembre 2020 par la Cour suprême, après que l’appel de la FFRIM a été rejeté.

Comme si cela ne suffisait pas, des dissensions sont récemment apparues au sein même de la CAF, sur des questions de procédure. Les statuts de l’organisation précisent en effet que la liste des candidats et les convocations écrites pour le scrutin doivent être envoyées soixante jours avant l’élection. Celle du président étant prévue le 12 mars, tout aurait dû être prêt le 11 janvier à minuit. « Comme cela n’a pas été fait dans les délais, on ne peut pas exclure que l’assemblée générale élective soit annulée pour vice de forme », prévient le dirigeant d’une fédération africaine. Le feuilleton ne fait visiblement que débuter.

Par Alexis Billebault - Le Monde

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