Musique : Emel Mathlouthi, une voix tunisienne qui compte.. Vidéo

 PARCOURS. Égérie de la révolution de 2011, elle a été qualifiée de « voix la plus fiable » par le très exigeant site de référence pop et électro américain Pitchfork.

Après l'album Ensen en 2017, Emel Mathlouthi nous revient avec Everywhere We Looked Was Burning*. Égérie de la révolution tunisienne de 2011 grâce à sa chanson « Kelmti horra » (« Ma parole est libre »), parfois présentée comme l'hymne de ce moment qui a déclenché le Printemps arabe, l'artiste avait été conviée à la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix à Oslo en décembre 2015 au Quartet du dialogue national. Elle y interpréta cette chanson emblématique. Ce parcours, Emel Mathlouthi ne le renie pas. Mais, depuis, elle a suivi un chemin jamais droit, fait de bifurcations, jamais là où on l'avait laissée, où on croyait la trouver.

Un parcours fait de quêtes personnelles

Qu'elle se produise partout dans le monde, de Téhéran à New York, ou qu'elle reçoive le prix Khalil Gibran, qui récompense chaque année aux États-Unis des personnalités qui incarnent les valeurs du poète libanais, l'artiste a développé, obstinément, son univers singulier. Il aurait été aisé de croire que ce nouvel album aurait du mal à égaler l'abouti et la somptuosité du précédent, Ensen. Mais vinrent l'écoute et l'évidence. Everywhere We Looked Was Burning montre que le chemin d'artiste, escarpé et exigeant, qu'a choisi de suivre Emel Mathlouthi apporte à chaque fois son étonnement devant sa capacité à toujours se renouveler sans se répéter. Dix morceaux où mélodies, arrangements, voix se mêlent pour former une invitation non pas au voyage plat, mais à la déambulation.

À l'éveil aussi, à l'alerte, car le titre sonne comme une mise en garde solennelle, un constat. C'est le monde tel qu'il va mal qui semble être le fil rouge de l'album. Terre saccagée, humanité massacrée, errance et fuite. Pourtant, l'album n'est en rien sombre ; méditatif, plutôt. Emel Mathlouthi semble être allée directement puiser sa musique dans les bruits du monde ; force tellurique comme sur le morceau « Footsteps » ; rythme de moloch mécanique sur « Womb » ; cœur humain qui tressaute de peur sur le morceau « Merrouh », chanson inspirée par l'exode syrien ; ressac marin sur « Does Anybody Sleep ? » ; aube naissante avec une voix en ampleur lente sur « Rescuer ». Et toujours ces saccades électros qui posent une nappe agitée sur laquelle la voix de la chanteuse plane, murmure, et inspiration large. Beats puissants, trip-hop lancinant, mélodies charpentées et cette voix, la voix d'Emel Mathlouthi, toujours aussi pure. L'organique de la voix et des instruments se mêle aussi à l'électronique des samples et du groove lancinant, sans que la fusion ne heurte jamais. Un contraste de lumières, images baroques ou abstraites, sons qui accrochent inévitablement d'un bout à l'autre de l'album.

Par Hassina Mechaï - lepoint.fr


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