Cinéma. « City Hall » : Frederick Wiseman, retour à Boston

 A 90 ans, le documentariste revient sa ville natale pour y suivre, de manière captivante, le maire démocrate, Martin J. Walsh.

Un titan débarque sur nos écrans. Il vient évidemment d’Amérique, mais ce n’est pas Disney-Marvel – trop soucieux de protéger ses géants à la santé fragile – qui l’envoie. Son nom, pas volé, est Frederick Wiseman. Quatre-vingt-dix ans, plus de quarante documentaires sous le coude consacrés pour la plupart aux institutions américaines depuis les années 1960 – dont certains s’inscrivent en lettres de feu dans l’histoire du cinéma, et dont la somme dépasse en termes d’œuvre documentaire et de mémoire sociale chacune des parties. Natif de Boston, où il devint professeur de droit dans les années 1950 avant d’embrasser la carrière cinématographique, l’immense Fred, pour les intimes, y retourne aujourd’hui en signant un film cardinal eu égard à la période périlleuse que vivent les Etats-Unis, à quelques jours des élections qui désigneront le futur président de ce grand pays.

L’invitation consiste à passer quatre heures trente dans la mairie de Boston, dont une bonne partie aux côtés du maire, Martin J. Walsh. On feuillettera, le cas échéant, Les Cahiers du cinéma (n° 769, octobre 2020) pour y dégoter l’intime sésame de ce film. Wiseman y révèle que l’année même de sa naissance, en 1930, son père fut en effet nommé juge au tribunal de Boston, le premier juge juif de l’histoire de cette ville, avant que cette nomination ne soit aussitôt annulée par le veto du sénateur Henry Cabot Lodge, antisémite convaincu. Voilà pour le Boston des années 1930. C’est depuis ce stigmate qui le constitue que Frederick Wiseman s’en va tranquillement, comme à son habitude, sonder les reins du Boston de 2020, par le prisme de sa municipalité.

Par Jacques Mandelbaum - lemonde.fr

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