Algérie : un hub à Tamanrasset pour desservir l'Afrique

 PROJET. Le gouvernement veut créer une plateforme de correspondances dans le sud du Sahara. Est-ce réaliste ? Par Thierry Vigoureux.

Lors d'un récent conseil des ministres, le président Abdelmadjid Tebboune a exprimé le souhait de voir un hub aérien créé à Tamanrasset pour desservir les métropoles africaines. Il s'inscrirait dans le cadre du plan gouvernemental de développement du secteur du transport aérien en Algérie. Ce projet serait l'un des plus grands lancés dans le pays.

Un premier hub algérien

À 1 600 kilomètres d'Alger, le site de Tamanrasset occupe une position stratégique qui correspond bien au concept de hub. Ce mécanisme du transport aérien veut que des vols (ici venus d'Europe essentiellement) convergent vers la plateforme. Puis les passagers et le fret, après un temps de correspondance restreint, en repartent sur d'autres vols vers l'Afrique. Depuis la fin des années 1980, ce système fonctionne bien dans de nombreux aéroports dans le monde à Atlanta, Chicago, Londres, Amsterdam, Roissy-CDG, Francfort, Madrid, Dubaï, Doha, Addis-Abeba, etc. Il s'appuie sur de grandes compagnies aériennes comme Delta, American, British Airways, KLM, Air France, Lufthansa, Iberia, Emirates, Qatar Airways, Ethiopian Airlines, etc.

Mais un hub ne se crée pas de toutes pièces d'un coup de baguette magique. Plusieurs règles sont incontournables pour réussir.

Un défi pour les milieux économiques algériens

Pour être rentable, le fonctionnement sur une plaque tournante doit être épaulé par une clientèle locale de passagers qui représente au moins 30 % du remplissage des avions. Or, elle n'existe pas à Tamanrasset, où l'on compte moins de 100 000 passagers par an.

Les hubs mondiaux, on l'a vu, sont associés à des compagnies aériennes puissantes. Dans le cas de l'Algérie, la compagnie nationale actuelle a d'autres priorités à gérer avant de se tourner vers un mode de croissance qui n'est pas sans risques. Et la concurrence vers l'Afrique existe déjà. Royal Air Maroc est très efficace depuis son hub de Casablanca. Dans une certaine mesure, Turkish Airlines regroupe sur le nouvel aéroport d'Istanbul des passagers venus surtout de l'Europe du Nord qui repartent ensuite vers Dakar, Abidjan, Conakry, Lagos, etc. Créer une nouvelle compagnie majeure en Algérie qui exploiterait une cinquantaine d'avions demandera des milliards de dollars et des décennies…

Enfin, l'aéroport de Tamanrasset-Aguenar-Hadj Bey Akhamok n'a pas que des atouts. Sa situation en altitude (1 377 mètres) et la température, qui peut atteindre 35 °C, peuvent obérer les performances au décollage des avions et limiter la charge marchande, même en utilisant la plus longue piste de 3 600 mètres.

Par Thierry Vigoureux - lepoint.fr

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