À New York, nous n'avons plus les moyens de payer le loyer

REPORTAGE. Plusieurs associations appellent à une grève des loyers au 1er mai, dans cette ville aux loyers déjà exorbitants avant la crise sanitaire.
Le 1er mai, c'est le jour du paiement des loyers à New York, mais Jacob Bernard n'a pas l'intention de passer à la caisse. Cet ancien barman, qui s'est retrouvé au chômage à la mi-mars quand le Covid-19 s'est abattu sur la ville, préfère garder les 1 750 dollars qu'il doit à son propriétaire – une grande compagnie qui gère des dizaines de bâtiments – en prévision de moments difficiles.
Il n'est pas le seul dans ce cas : plus de la moitié des occupants de son bâtiment de Brooklyn, où vivent 34 locataires, ne s'acquitteront pas de leur dû, soit par impossibilité de payer, soit par solidarité avec leurs voisins. « Nous avons envisagé des opérations similaires dans le passé, mais le contexte est complètement différent aujourd'hui. Nous voulons mettre la pression sur les banques et les élus afin qu'ils prennent des mesures pour soutenir les locataires », explique-t-il.
Grèves des loyers
Ailleurs aux États-Unis, d'autres locataires feront de même. Des pétitions nationales et locales ont fait leur apparition ces dernières semaines, lancées par des groupes de défense de locataires qui appellent à un gel des loyers et à une annulation des paiements pendant plusieurs mois. Ces appels, qui s'organisent sous les mots clés #RentStrike (« grève des loyers ») ou #CancelRent (« annulez les loyers ») sur les réseaux sociaux, ont reçu le soutien de centaines de milliers de personnes et de plusieurs élus démocrates de l'aile gauche du parti, comme la parlementaire Alexandria Ocasio-Cortez. L'élue du Bronx soutient aussi une proposition de loi visant à faire annuler les loyers au niveau national.
À New York, où 67 % des logements sont des locations et près de la moitié des locataires dépensent plus de 30 % de leurs revenus dans leur loyer, conséquence de prix immobiliers très élevés et de salaires stagnants, les habitants d'au moins 57 bâtiments, représentant près de 2 000 personnes, ont prévu de faire grève, selon l'association Housing Justice For All. Mais leur nombre pourrait être encore plus important, compte tenu des retards de versements des allocations-chômage. Début avril, un tiers des locataires aux États-Unis n'avaient pas réglé leur loyer pour le mois.
Ce genre d'action ne fait pas de mal aux grands acteurs 
« Il y a beaucoup d'inquiétudes sur ce qui va se passer, explique Michael Johnson, porte-parole de Chip (Community Housing Improvement Program), un groupe de propriétaires immobiliers. Il prévient qu'un non-versement des loyers pourrait affecter les « petits » propriétaires plus que les grandes compagnies immobilières. « Ce genre d'action ne fait pas de mal aux grands acteurs qui brassent des millions de dollars. » Il s'inquiète aussi de l'impact sur le budget municipal : la property tax (taxe foncière), prélevée sur les propriétaires, est la plus grande source de revenu de la ville.

Son groupe plaide pour une aide directe accordée aux locataires en difficulté sous forme de bons. La ville de New York comme l'État n'envisagent pas cette piste pour le moment. Andrew Cuomo, le gouverneur de l'État de New York, a seulement indiqué, en mars, que les expulsions de locataires seront suspendues pendant trois mois. Une décision qui ne satisfait pas les grévistes, qui redoutent une vague d'expulsions à la fin de ce moratoire. « Il ignore une grosse partie du problème, selon Jacob Bernard : Nous n'avons plus les moyens de payer le loyer. »
Par Alexis Buisson, à New York - lepoint.fr

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