Livres. Sadegh Tchoubak, « Le Goût de l’Iran », « Syrie. Anatomie d’une guerre civile » : la chronique « poches » de Mathias Enard

Des nouvelles d’Iran : si l’on parle souvent des gardiens de la révolution, du nucléaire ou de l’axe chiite international, on évoque malheureusement rarement la littérature iranienne. Nuit d’insomnie, recueil de nouvelles de Sadegh Tchoubak (1916-1998), vient de paraître ; c’est la première fois qu’un recueil entier de cet important écrivain iranien est traduit en français. 
Proche de Sadegh Hedayat (1903-1951), le père de la prose persane moderne, Sadegh Tchoubak a lutté sa vie durant contre la censure et a fini par s’exiler à Londres puis aux Etats-Unis dans les années 1970. Le monde de Tchoubak, réaliste et ironique, est celui des petites gens, du petit peuple des villes d’Iran – une femme célibataire qui noue un ruban sur la grille du tombeau d’un saint pour obtenir son intercession, un boutiquier opiomane, un dresseur de pigeons, un fumeur de haschisch montreur de singes, un commerçant et un gendarme cherchant à se débarrasser d’un gros rat : tous finissent broyés par l’hypocrisie sociale, la corruption des mœurs ou leur propre bêtise. Tout à fait réjouissant.
La petite anthologie Le Goût de l’Iran, proposée par Myriem Lahidely, ne rassemble malheureusement que très peu d’auteurs iraniens. Il s’agit avant tout d’un Iran de voyageurs, de grands voyageurs, même – depuis Marco Polo, Jean-Baptiste Tavernier et Jean Chardin jusqu’à Nicolas Bouvier, en passant, bien sûr (le voyage en Iran a ses stars), par Annemarie Schwarzenbach et Ella Maillart, le tout formant un aperçu de l’histoire du voyage en Perse, avec ses hauts lieux : le vin de Shiraz et la cuisine iranienne. On parcourt Téhéran, bien sûr, mais aussi Ispahan, Shiraz, Mashhad, Tabriz et même – endroit fascinant s’il en est – Bandar Abbas, le grand port iranien sur le golfe Persique, face au détroit d’Ormuz.
 Par Mathias Enard - lemonde.fr

« Nuit d’insomnie », de Sadegh Tchoubak, traduit du persan par Sylvie Le Pelletier-Beaufond, Yvonne Rezvani et Joëlle Segerer, Sillage, inédit, 96 p., 9 €.
« Le Goût de l’Iran », édité par Myriem Lahidely, Mercure de France, « Le petit Mercure », inédit, 128 p., 8 €.
« Syrie. Anatomie d’une guerre civile », d’Adam Baczko, Gilles Dorronsoro et Arthur Quesnay, Biblis, 350 p., 10 €.
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