Livres. "Dernière sommation", David Dufresne au pays des gilets jaunes

Dans un premier roman hautement autobiographique, "Dernière sommation", le journaliste français David Dufresne brosse le portrait sans complaisance d’une France en proie à une répression policière inédite.
L’air est sec et clair en ce 17 novembre 2018. Ce samedi-là, réveillés par l’appel au soulèvement d’une certaine Jacline Mouraud, des milliers de Françaises et de Français endossent le gilet jaune, signe de détresse, modèle de visibilité, et s’en vont occuper les ronds-points du pays. C’était il y a un an, l’Acte I d’un mouvement social à la dent dure.
Très vite, le conflit s’envenime, et la répression policière surenchérit de violence face à la contestation. Les médias, pourtant, ne parlent peu ou prou que des casseurs, et la communication élyséenne condamne sans nuance les mots tout autant que les actes des gilets jaunes.
"Allo Place Beauvau? C'est pour un signalement... "
Observateur avisé des mouvements sociaux, le journaliste David Dufresne prend alors sur lui de recenser avec précision les témoignages d’actes de violence policière. A chaque flagrant délit pris en vidéo, un tweet, interpellant directement le Ministère de l’Intérieur sous l’intitulé "Allo Place Beauvau? C’est pour un signalement…"
Hébergés et recensés sur une page dédiée du média en ligne Médiapart, ces signalements ponctuent aujourd’hui l’écriture de "Dernière sommation", premier roman de David Dufresne.
Le récit, écrit à la 3e personne, met en scène Etienne Dardel, un journaliste qui ressemble à s’y méprendre à l’auteur, en proie aux tourments de ce travail d’enquête et confronté aux rouages d’une machine policière en état de déliquescence morale avancée.
Un antidote au récit dominant
Se croisent, au cœur du récit, une activiste qui perd une main dans les heurts d’un acte parisien, sa mère gilet jaune, attirée par l’alternative que représente le Rassemblement National, des policiers jouant les intrigants et des journalistes soucieux de protéger le pouvoir. Le tout dans un climat de tension permanente, culminant dans une scène finale d’anticipation dont le message, fictionnel, fait froid dans le dos.
Avec ce premier roman, écrit au plus près des événements, David Dufresne impose une plume, un regard, et une lecture de l’histoire française contemporaine qui agit à la manière d’un antidote au récit dominant. Dernière sommation, avant quoi? Au lecteur d’en décider.
Par Nicolas Julliard/aq - rts.ch

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