Maroc : ce qui attend le nouveau gouvernement

Après plusieurs semaines d'attente, le gouvernement Othmani II a été présenté au roi Mohammed VI. La priorité : des mesures pour enfin réduire les inégalités criantes dans le royaume.
Le Premier ministre islamiste Saad Eddine El-Othmani a présenté mercredi les membres de son nouveau gouvernement, réduit à 24 portefeuilles. « C'est le premier acte d'une nouvelle phase » lancée par Mohammed VI « pour renforcer ce qui marche et corriger ce qui ne marche pas » dans le pays, a commenté une source gouvernementale à l'AFP. Ce cabinet « conçu en task force est le plus resserré de l'histoire du pays », a-t-elle souligné. Formée au terme de plusieurs semaines de consultations, la nouvelle équipe s'appuie sur la majorité politique du Parti islamiste justice et développement (PJD), qui a renforcé en 2016 sa position au Parlement, après l'avoir conquis en 2011. La coalition regroupe donc islamistes, mais aussi ex-communistes et technocrates adoubés par le Palais. Une formation en tout point comparable à celle de 2016, à l'exception des représentants du Parti du progrès et du socialisme (PPS, gauche) qui ont claqué la porte avant le remaniement.
Parmi les ministères régaliens, le seul à changer de main est la Justice, désormais tenu par le socialiste Mohamed Ben Abdelkader, auparavant ministre délégué chargé de la Réforme de l'administration et de la fonction publique. L'Intérieur, les Affaires étrangères et l'Économie, tout comme l'Industrie et l'Agriculture, gardent les mêmes titulaires, respectivement Abdelouafi Laftit, Nasser Bourita, Mohamed Benchaaboun, Moulay Hafid Elalamy et Aziz Akhannouch. Six nouveaux visages font par ailleurs leur entrée dans ce cabinet qui compte quatre femmes, dont trois ministres – Aménagement du territoire, Tourisme, Solidarité/Développement Social/Famille – et une ministre déléguée à la Coopération. Soit « une refonte en profondeur de l'exécutif pour répondre aux attentes du peuple et du roi », a affirmé la source gouvernementale dans un point téléphonique avec l'AFP.

Un nouveau modèle de développement 

Dans la foulée de l'annonce, le roi a présidé le premier conseil des ministres du gouvernement Othmani II. Au programme, les grandes orientations de la loi des finances pour 2020, axées sur la réforme de l'éducation pour renforcer l'égalité des chances, la protection sociale et la régionalisation pour réduire les disparités territoriales. Lorsque le souverain avait annoncé ce remaniement, en juillet, dans un discours marquant ses vingt ans de règne, il avait promis une « étape nouvelle » pour réduire les « disparités criantes » du pays, et souhaité du « sang neuf » et « de nouvelles compétences » pour réduire les inégalités sociales et territoriales.
Pour y parvenir, une commission spéciale chargée de définir les contours d'un « nouveau modèle de développement » doit entrer en fonction dans les prochaines semaines. Une réflexion globale qui a été lancée après une série de mouvements de protestation, en 2017 et en 2018, notamment dans les régions défavorisées du Rif, au nord du pays, ou de Jerada, au nord-est. Alors que la croissance ralentit, les jeunes, les femmes et les régions rurales restent les grands oubliés du développement, selon les études officielles. En effet, malgré une croissance dynamique tout au long de ces vingt dernières années – 4,4 % en moyenne de 2000 à 2017 –, les inégalités, elles, n'ont pas disparu. D'après le rapport « Un Maroc égalitaire, une taxation juste » publié en avril par l'ONG Oxfam, le coefficient Gini du Maroc, une mesure internationale de calcul des inégalités, était de 39,9 en 1985. En 2014, il avait à peine baissé, à 39,5.
Le Point Afrique avec AFP
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