Livres. "Le racisme, une pathologie de l’âme", estime la romancière Leonara Miano

L’Afrique du 22e siècle est unifiée et prospère. Une fable politique que dessine avec jubilation la romancière franco-camerounaise Leonara Miano. "Rouge Impératrice", événement de cette rentrée littéraire publié chez Grasset, nous invite à porter un autre regard sur l’avenir du continent.
Ce roman d’anticipation, elle le dédie aux jeunes Africains sub-sahariens chez qui elle sent "un sentiment qu’il faut se fédérer, se débarrasser des prédateurs pour peser davantage dans le monde". Prédateurs, le terme est fort. 
Est-ce une revanche de l’histoire coloniale qui a dessiné la géopolitique de l’Afrique? Leonora Miano réfute cette idée. "Ce qu’on peut faire, c’est vivre avec ce qu’on a compris de l’histoire pour se réinventer". Pour ouvrir le champ des possibles, elle nous invite à rêver avant de penser, car la transformation de l’Afrique qu’elle appelle de ses voeux "ne peut pas venir de l’extérieur, ne peut pas se construire dans la douleur de la victimisation". Les artistes, les écrivains, les oeuvres d’art et les travaux des intellectuels sont "très utiles" s’enthousiasme la romancière.
Un renversement des codes de domination
Dans ce Continent unifié, elle dresse le portrait des Sinistrés, ces Français qui ont fui leur pays par peur des vagues migratoires du Sud. Sûrs de se retrouver en territoires conquis d’avance. Leonora Miano s’amuse, déjoue les codes de domination, renverse les clichés tout en posant la brûlante question de l’identité, du racisme comme "une pathologie de l’âme". Son roman raconte la rencontre possible entre deux mondes.  
Une grande histoire d’amour
"Rouge Impératrice", c’est aussi une histoire d’amour qui lie Boya, une femme libre, universitaire et à l’étrange peau rouge, avec Illunga, le grand chef et pacificateur de cette Afrique unifiée. Une histoire contrariée par les épreuves et les trahisons mais qui puise dans le mystère des rites d’initiation et de l’invisible mystique. Une histoire qui finit bien, comme un hommage à la puissance des femmes. 
Le lieu  : Katiopa, un continent africain prospère et autarcique, presque entièrement unifié, comme de futurs Etats-Unis d’Afrique, où les Sinistrés de la vieille Europe sont venus trouver refuge.
L’époque  : un peu plus d’un siècle après le nôtre.
Tout commence par une histoire d’amour entre Boya, qui enseigne à l’université, et Illunga, le chef de l’Etat.
Une histoire interdite, contre-nature, et qui menace de devenir une affaire d’Etat.
Car Boya s’est rapprochée, par ses recherches, des Fulasi, descendants d’immigrés français qui avaient quitté leur pays au cours du XXIème siècle, s’estimant envahis par les migrants. Afin de préserver leur identité européenne, certains s’étaient dirigés vers le pré carré subsaharien où l’on parlait leur langue, où ils étaient encore révérés et où ils pouvaient vivre entre eux. Mais leur descendance ne jouit plus de son pouvoir d’antan  : appauvrie et dépassée, elle s’est repliée sur son identité.
Le chef de l’Etat, comme son Ministre de l’intérieur et de la défense, sont partisans d’expulser ces populations inassimilables, auxquelles Boya préconise de tendre la main.
La rouge impératrice, ayant ravi le cœur de celui qui fut un des acteurs les plus éminents de la libération, va-t-elle en plus désarmer sa main  ?
Pour les «  durs  » du régime, il faut à tout prix séparer ce couple…

Blog Freedom1/grasset.fr

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