Cinéma. Bruno Dumont, cinéaste : « Le personnage de Jeanne d’Arc démontre les possibilités de la grâce »

Le réalisateur de « Jeanne » revient sur trois représentations modèles de l’héroïne à l’écran : celles de Méliès, de Cecil B. DeMille et de Dreyer.
L’un des phénomènes les plus têtus de l’histoire des représentations est sans doute la postérité à toute épreuve de la figure de Jeanne d’Arc, qui a suscité à travers les âges quantité de littérature, d’œuvres d’art et d’interprétations diverses. Alors que sa récupération par des idéologies rances aurait pu la discréditer, quelque chose en elle a résisté, traversé les époques. Le cinéma n’est pas en reste, pour avoir porté son épopée à l’écran plus d’une centaine de fois. Thomas Edison, Roberto Rossellini, Otto Preminger, Luc Besson… La liste est longue des cinéastes ayant livré leur propre lecture du mythe. Bruno Dumont, le dernier en date, donne avec Jeanne une suite à Jeannette (2017) et parachève un diptyque tiré du Mystère de la charité de Jeanne d’Arc (1910), une pièce de Charles Péguy.
Forte était la tentation de demander au cinéaste quels modèles des Jeanne au cinéma lui tenaient le plus à cœur. Rencontré dans une brasserie du quartier Montparnasse, à Paris, il se prête au jeu et cite d’emblée Georges Méliès, pionnier illusionniste qui mit en image la légende dorée du personnage au tout début du XXe siècle (Jeanne d’Arc, 1900)« Je m’intéresse beaucoup plus aux primitifs qu’aux contemporains, lance-t-il. Méliès est quelqu’un que j’aime beaucoup, parce que ce n’est pas encore du cinéma, mais du cirque, du spectacle populaire. Sa vision de Jeanne a une dimension à la fois sacrée et comique, ce qui n’est pas pour me déplaire. Le risque du sérieux, c’est la grandiloquence, qu’il ne faut pas hésiter à tempérer par la comédie, le bancal. Le vrai est forcément de travers»
La métaphore de la révolte
Un rejet de la solennité qui résonne avec le virage excentrique qu’a pris le cinéma de Bruno Dumont depuis P’tit Quinquin (2014) et dont Jeanne témoigne en partie, notamment dans sa large distribution d’acteurs non professionnels. « Chacun amène quelque chose de lui-même, une façon de parler, des gestes dont je suis très preneur », précise-t-il.
Par Mathieu Macheret/lemonde.fr
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