#Livres. « Au petit bonheur la brousse », de Nétonon Noël Ndjékéry : un destin entre deux rives

Mouton noir en Suisse puis négociant en bétail au Tchad, le héros de Nétonon Noël Ndjékéry explore le monde en culottes courtes dans un roman à l’ironie mordante.
Il s’appelle Bendiman Solal. Il est né à Genève et a pour héros Guillaume Tell et la Mère Royaume, figure de la résistance à l’attaque des Savoyards en 1602. Du Tchad de ses parents, il connaît uniquement la faune exotique que sa marraine suissesse, Gigi, l’emmène voir dans les zoos et vivariums de la Confédération. Son prénom, qui signifie « patrie d’emprunt », n’a pas été choisi au hasard. Car l’un des attraits du désarçonnant Au petit bonheur la brousse est de maintenir le doute sur le pays auquel son héros est supposé être redevable.
Mouton noir ou « Bounty »
Est-ce la Suisse qui l’a vu naître et couler une enfance heureuse ? Ou bien le Tchad, « pays de violents contrastes », que le garçon découvre quand ses parents ­diplomates sont rappelés sans ­explications par les autorités ? Très tôt, la mère de Ben lui a appris que « les composantes africaines et européennes de sa personne se fondaient dans les vagues d’un seul fleuve, ce fleuve-là même qui lui irriguait les veines ». Ben n’échappe toutefois pas aux affres de la double culture. A Genève, une affiche montrant un mouton blanc et un mouton noir lui fait comprendre qu’il est « l’étranger ». Au Tchad, il est traité de « Bounty ». Mais le sujet de Nétonon Noël Ndjékéry est ailleurs.
Dans son troisième roman, et cinquième livre – il a aussi publié des nouvelles (La Minute mongole, La Cheminante, 2014) et des ­Chroniques tchadiennes (Infolio, 2008) –, l’écrivain, né à Moundou et installé à Genève depuis 1982, où il travaille dans l’informatique, explore la possibilité que la richesse de notre monde intérieur puisse tenir lieu de patrie. Et signe pour ce faire une œuvre d’une liberté ­totale : un roman d’apprentissage picaresque, un récit d’aventures ­virevoltant, aussi drolatique que critique sur la Suisse et le Tchad.
« Au petit bonheur la brousse », de Nétonon Noël Ndjékéry, Hélice Hélas, 384 p., 24 €.
Par Gladys Marivat/lemonde.fr
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