Jeunes d'#Algérie : un « #hirak » et l'espoir renaît

Le mouvement populaire a-t-il conduit les jeunes à commencer à imaginer l'avenir dans leur pays ? La baisse spectaculaire d'au moins 80 % du nombre d'Algériens engloutis par la Méditerranée peut le laisser penser.
Fin 2018, le bilan des jeunes morts ou disparus en Méditerranée en tentant de rejoindre l'Europe suscitait l'inquiétude et la colère des Algériens. Près de six mois plus tard, le phénomène est presque à l'arrêt. Nabila Moussaoui, enseignante-chercheuse à l'université d'Oran sur les questions migratoires depuis douze ans, évoque dans Mediapartune baisse d'au moins 80 %. Le « hirak » est passé par là.
Les chiffres sont, pour l'instant, approximatifs, « mais depuis l'avènement du mouvement populaire, on constate un optimisme général qui tranche avec le pessimisme incroyable qui régnait auparavant. En réalité, il y avait un désespoir presque absolu. Des jeunes et des moins jeunes ne se voyaient pas du tout vivre dans ce pays », indique Nacer Djabi, sociologue et chercheur.
Un intérêt pour la chose politique
Depuis le 22 février, la situation a changé. Des jeunes commencent à envisager leur avenir dans une Algérie où beaucoup de choses sont à reconstruire. « Autour de moi, je vois de plus en plus de jeunes qui cherchent à comprendre la Constitution et qui interviennent quand ils entendent quelqu'un parler de politique », relate Amine Bendjoudi, 29 ans, militant et cogérant de la société de production audiovisuelle Tahya Cinéma.
L'intérêt pour la vie politique et la chose publique est quelque chose de nouveau pour les jeunes Algériens, selon Nacer Djabi. « Aujourd'hui, certains d'entre eux viennent de loin pour participer aux manifestations du vendredi dans la capitale. Ils s'engagent et prennent des risques avec la police. Ils pensent qu'ils peuvent changer les choses. Ils sont dans une relation positive avec le pays », note le sociologue.
Le mouvement des étudiants
Dans le face-à-face avec le système, les jeunes sont en première ligne. Dans le pays, la grande mobilisation des étudiants est totalement inédite. Au cours de ces dernières années, cette catégorie se soulevait souvent pour des raisons sociopédagogiques. Aujourd'hui, elle manifeste chaque mardi depuis le 26 février. Et ses revendications sont purement politiques.
Poursuivre ses études à l'étranger n'est plus une obsession pour certains d'entre eux. « Je comptais entamer les démarches. Mais je ne suis plus aussi sûr », précise Salim, 19 ans, étudiant en deuxième année d'informatique à Alger. Depuis la reprise des cours, ce jeune homme étudiant manifeste quand il peut. « Ce mouvement nous a redonné l'espoir », assure-t-il.
« Les étudiants sont au centre d'une action visible qui se répète et qui a inscrit un véritable rythme dans le soulèvement », souligne la politologue Louisa Dris-Aït Hamadouche. « Mais, pour le moment, le mouvement n'a pas encore transformé sa masse sociale en force politique. Il a encore du mal à dégager un leadership. Ils n'ont pas encore réussi à se décloisonner et à sortir du milieu purement étidiant », explique-t-elle.
Le rôle de ce mouvement dans le « hirak » est cependant incontestable. « Ils sont une source de pression permanente. Si, demain, il y aura transition, c'est parce qu'ils auront manifesté toutes les semaines, qu'ils seront restés pacifiques, qu'ils auront paralysé certaines universités, et qu'ils auront montré qu'ils ont acquis une vraie conscience », précise Louisa Dris-Aït Hamadouche.
Des jeunes auparavant dépolitisés ?
Si cette jeunesse semble plus impliquée aujourd'hui, cela ne veut pas dire qu'elle était jusque-là complètement dépolitisée, selon Nacer Djabi. Marginalisés dans un pays miné par la corruption et les passe-droits, les jeunes optaient pour d'autres modes d'expression. « Ils ne participaient pas à l'élection, par exemple, parce qu'ils savaient qu'il y avait une fraude. Ils avaient une position éthique. Ils n'étaient pas dépolitisés », explique Nacer Djabi.
Il suffit d'écouter les chants entonnés ces dernières années par les supporteurs des clubs de football dans les stades pour s'en convaincre. La Casa d'El Mouradia (El Mouradia désigne la présidence de la République, NDLR) a été diffusé en 2018 par Ouled El Bahdja, un groupe de supporteurs de l'USMA. Le texte qui revient sur les quatre mandats du président déchu, Abdelaziz Bouteflika est sans doute l'un des plus connus. Il est devenu l'hymne des manifestants.
Casser le mur de la peur
« Ce sont ces supporteurs et plus généralement les enfants issus des quartiers populaires qui étaient les premiers à sortir nombreux le 22 février. Ce sont eux les premiers qui ont cassé le mur de la peur », assure Amine Bendjoudi. Aujourd'hui, ces jeunes qui semblaient évoluer en marge de la société se sentent comme une partie intégrante d'un ensemble dans l'union duquel ils croient profondément.
« Ces jeunes se réapproprient le pays. Ils sentent désormais qu'ils font partie de ce peuple. Il y a de la mobilisation chez eux, de l'espoir et de la détermination. Ils se disent qu'on ne va pas s'arrêter malgré le flou », assure notre interlocuteur, lui-même issu d'un quartier populaire. Pour lui, ce sont ces jeunes qui font aujourd'hui la force du mouvement populaire en Algérie.
La génération du 1er novembre 1954
Nacer Djabi compare la génération du 22 février 2019 à celle du 1er novembre 1954, date du déclenchement de la guerre de Libération. « C'est une grande expérience pour une génération. Cela va être comme pour la génération du 1er novembre. Celle-ci avait vécu un grand moment générationnel qui a influencé à long terme son comportement, ses habitudes, et qui a contribué à façonner sa démarche et son idéologie », avance le sociologue.
Par Hadjer Guenanfa, à Alger /Lepoint.fr
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