#Musiques. #MichaelJackson, Dr Jekyll et Mr Hyde au pays du sucre d'orge. #Vidéo

Le roi du pop ? Le Howard Hughes de la disco ? Il y avait chez l'artiste un côté bal des vampires expliqué aux adolescents. Mais était-ce pour rire ?

En juin 2009, quelques jours après la mort de l'artiste, l'Académicien Marc Lambronlivrait sa vision du mystère "MJ".
Ce mystère humain tenait du sphinx égyptien et du grand serpent à plumes. Des Ray-Ban masquant ses pupilles, la bouche souvent barrée d'un masque de piéton japonais, des apparitions où la paranoïa se chiffrait en gardes du corps, il y a longtemps que Michael Jackson hantait sa propre vie comme un fantôme traqué. Le roi du pop ? Le Howard Hughes de la disco ? Même les enfants ont un jour 50 ans. Cette légende tire sa révérence au seuil de son retour annoncé, comme un phénix en pointillé, un bien étrange roi caché.
L'enfance, tout comme la musique, fut chez Michael Jackson fortement usinée. A 6 ans, ce Tom Pouce de l'Indiana incarne au sein des Jackson Five une sorte de James Brown miniature. Ce groupe familial était l'un des atouts de Tamla Motown, la machine à succès de Detroit, qui avait déjà révélé Stevie Wonder, Diana Ross et Marvin Gaye. Clé de cet engouement : le crossover, une musique chantée par des Noirs qui fait un gros clin d'oeil au public blanc. Mélodies de miel, stars à la chiourme. Ce fut le premier entre-deux, le premier morphing de cet être d'ambiguïtés.

Un personnage de Tim Burton

A l'époque du triomphe mondial de Thriller, l'enfance est encore là, sous forme d'un Disneyland privé. C'est le domaine de Neverland, avec ses manèges, sa grande roue, son manoir Tudor, où Michael Jackson-Peter Pan à la poursuite des enfants perdus pose tel l'extravagant docteur Dolittle au milieu de ses chimpanzés. Le mythe Jackson n'est pas séparable de la culture populaire : les fêtes foraines, les héros spatiaux des Marvel Comics, les séries B hollywoodiennes, les pantomimes du grand-guignol dont ses concerts donnaient un équivalent bionique. Certains êtres humains, voués au spectacle universel, deviennent parfois des golems d'eux-mêmes. Charlie Chaplin se projetait dans Charlot. Karl Lagerfeld a mondialement imposé sa silhouette de Prussien à catogan. Avec le chanteur de « Dirty Diana », on avait Dr Jekyll et Mr Hyde au pays du sucre d'orge : l'âme sombre de Jackson habitait le corps danseur de Michael. Dans une chanson comme « Don't Stop 'til You Get Enough », le falsetto partait vers les cieux, fol à en mourir. Au repos, la voix ressemblait curieusement à celle de Jackie Kennedy, languissante, étouffée, mignarde. Un personnage de Tim Burton au pays de Lolita.


Le premier scandale éclaterait en 1993 avec la plainte d'une famille. Quelle signification prenait soudain la fresque immense de Neverland représentant Michael entouré de centaines d'enfants, façon président Mao au moment de la récolte des vers à soie ? Les pieds de Fred Astaire, les dents de Dracula ? La grâce de l'elfe et le rictus du profanateur de sépultures ? Sorti de son caisson à oxygène, un roi des Aulnes hanta l'Amérique et le monde. Les goules et les succubes de «  Thriller » faisaient désormais cortège à leur créateur. L'homme de Neverland chercha la parade du côté de Graceland. En épousant la fille d'Elvis Presley, le vampire traqué s'alliait à un autre mythe platiné. Puis, deux enfants contractuels furent fabriqués en apnée avec une certaine Debbie Rowe, avant la naissance en 2002 de Prince Michael II, de mère porteuse inconnue.
Même là, une imagerie de fioles et de cornues bouillantes présidait à ces conceptions cachées, comme dans le laboratoire d'un savant fou pour film de Jerry Lewis. A Berlin, Michael Jackson exhibera son dernier-né depuis un balcon, au-dessus du vide. L'un de ses albums ne s'intitulait-il pas « Dangerous » ? Il y eut alors des CD plus métalliques, plus sombres, des rétrospectives et un retour commémoratif des Jackson Five pour un soir. Mais, coincé entre avocats, gros contrats et petits arrangements, le Dorian Gray de la danse lunaire paraissait perdu dans un labyrinthe cotonneux.
« Nous avons tous un peu de Michael Jackson en nous », a déclaré Frédéric Mitterrand à l'annonce de sa disparition. Oui, mais comme un alien, un enfant terrifié devenu le loup-garou au masque blanc ? Ces dernières années, le chanteur invisible évoquait un personnage d'Edgar Poe. Dépigmenté, desquamé, subissant une ultime rhinoplastie, c'était l'homme-iguane, la créature des marais. On le disait couturé de dettes et couvert de cicatrices. Ses financiers restructuraient sa dette comme celle d'un petit pays, même s'il possédait encore la moitié du catalogue des Beatles. Le nom de Michael Jackson sentait toujours le soufre. N'incarnait-il pas la créature de Franken-stein, le grand monstre invisible, le voleur d'enfants tapi dans l'inconscient puritain de l'Amérique ? Son retour sur scène était programmé à Londres, mais c'est au Ronald Reagan Hospital de l'Ucla qu'il a été transporté. La mort de Michael Jackson ? Disons plutôt qu'un extra-terrestre douloureux s'est soudainement dématérialisé.
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