L’#Algérie au bord de l’abîme

L’annonce que le président Abdelaziz Bouteflika songe sérieusement à se présenter pour un cinquième mandat malgré sa santé totalement déclinante, fait craindre le pire des scénarios pour l’Algérie en 2019.  Une chronique du chercheur algérien Mohand Tamgout.
« Les nations ne meurent jamais par meurtre mais par suicide ou trahison », affirmait Arnold Joseph Toynbee. Notre pays n’échappe pas à cette prédiction. L’obstination d’un homme grabataire, inerte et aphone à prétendre accomplir un cinquième mandat a engagé l’Algérie dans la pire des scénarios. Le plus grand pays d’Afrique est suspendu au souffle d’un Abdelaziz Bouteflika, qui se croit être l’incarnation de l’Algérie, comme l’intéressé a cru bon de l’affirmer à une télévision suisse.
L’entourage immédiat de la Présidence a bien tenté, mais sans succès, des scénarios institutionnels acrobatiques. L’option d’un report des élections suivi par une conférence nationale de réconciliation n’a pas trouvé preneur au sein de l’ensemble de la classe politique. Les amis de « monsieur frère », l’incontournable Saïd Bouteflika, n’ont pas d’avantage pu mettre sur les rails un candidat consensuel issu de leurs rangs qui leur assurerait l’impunité judiciaire après des années de pillage. Le feuilleton Chakib, du nom de l’ancien ministre du pétrole de Bouteflika, a tourné au fiasco malgré sa tournée dans les confréries religieuses, .
Alors le cinquième mandat, cet écran de fumée, est brandi, ces derniers jours, comme l’ultime rempart de leur impuissance à imaginer une départ avec les honneurs des Bouteflika. Il ne leur reste qu’à jouer, dans un sursaut désespéré, les prolongations, même s’ils connaissent l’inanité d’un tel affichage. N’est ce pas Saïd Bouteflika lui même, rapporte le journal « Jeune Afrique », qui en septembre dernier, préconisait le report des élections en raison de la détérioration brutale de l’état de santé de son frère?
Les chambres obscures du pouvoir
Marqués par une agitation singulière, les affidés du Palais de Zéralda se précipitent pour occuper l’espace médiatique par les déclarations à l’emporte-pièce, réunions des partis de l’alliance appelant le président impotent à se déclarer candidat.
Finalement, la prophétie de Nicolas Butler s’est concrétisée en Algérie : “Le monde se divise en trois catégories de gens: un très petit nombre qui fait se produire les évènements, un groupe un peu plus important qui veille à leur exécution et les regarde s’accomplir, et enfin une vaste majorité qui ne sait jamais ce qui s’est produit en réalité.”. Or, cette vaste majorité n’est pas, interminablement, condamnée à endurer les affres d’une famille qui place son intérêt existentiel au-dessus de l’existence du pays. 
Il est admis que les cercles restreints existent dans tous les modes de gouvernance, y compris les plus démocratiques. Mais celui qui s’opère à Zéralda met en péril l’avenir du pays mais aussi le destin d’une nation ayant payé un lourd tribut pour son existence. L’armée, colonne vertébrale du Pouvoir qui fut longtemps fidèle à l’idéal des libérateurs du territoire, joue le rôle de complice affiché. Si elle a toujours eu le dernier mot dans l’intronisation des présidents, elle n’est plus une force de recours pour n’être désormais qu’une force d’appoint au service d’un clan.
Pourquoi le plus haut gradé de l’armée, Gaïd Salah, accepte de servir le frère d’un président fantomatique? Pourquoi cautionne-t-il l’usurpation anti constitutionnelle des pouvoirs par une camarilla illégitime? « Quand on se croit servir les autres, on ne fait que se servir à travers eux », rappelle l’adage populaire algérien qui tend, hélas, à devenir une règle de gouvernance.
Attention, le danger vient de toute part
« Periclitamur omni ora ». Cette citation latine devrait être la divise actuelle de l’Armée algérienne (ANP), tant que le contexte sécuritaire est gravement menacé, comme il ne l’a jamais été. La présence  militaire étrangère aux frontières menace les équilibres de la géostratégie régionale mais aussi globale.
L’armée française qui intervenait au Mali en 2013 est présente pour longtemps grace aux armées auxiliaires des pays limitrophes intégrés au sein de son commandement, dénommé G5 Sahel. Les Américains au Niger disposent d’une flotte conséquente de drones de combat de conception récente.  Le Maroc réorganise son armée et refonde la gestion de son espace aérien avec la collaboration des Israéliens. Le Patchwork d’insécurité en Libye est exportable à tout moment.  Même la Tunisie alliée, en dépit d’un accord commun de défense, octroie, en catimini, à l’armée américaine une base de Drone au sud du pays à quelques encablures de nos frontières.
Ces pressions étrangères n’ont d’objectif que de condamner l’ANP à plus de concessions géopolitiques. Devrons-nous réviser notre principe doctrinal de non intervention en dehors de ses frontières? Accepter la domestication de nos forces à marche forcée? Seule une autorité politique légitime à la tète de l’Etat algérien sera capable de faire face à cette déstabilisation rampante.

Le maréchal Sissi, un piètre modèle

Le silence des puissances étrangères sur les élections présidentielles d’Avril en dit long sur leurs  visées inavouées dans la région. L’ANP finira donc comme l’armée Egyptienne, garde-fou des intérêts des puissances sur Bab Al Mandab, le détroit qui sépare la péninsule arabique et l’Afrique et qui relie la mer Rouge au golfe d’Aden sur la mer rouge. En échange, ces mêmes puissances se sont chargées d’augmenter les capacités égyptiennes de défenses marines et aériennes. Cette soumission existe dans d’autres pays comme la Jordanie transformée en une grande académie militaire formant les futurs officiers des armées Irakienne, Libyenne, Yéménite.
Le processus de domestication fut entamée avant le quatrième mandat par l’octroi du passage de l’aviation française, sans limite ni restriction, pour intervenir au Mali. Ce geste d’initiation va devenir se généraliser à l’échelle continentale sur d’autres segment de l’ANP, notamment les forces spéciales.  L’élection présidentielle d’Avril prochain revêt une importance primordiale pour le devenir du pays. Le haut commandement de l’ANP ne semble pas prendre conscience du danger qui guette le pays. Que dira-t-on d’un Benboulaid qui a sacrifié ses biens matériels pour le devenir du Pays en payant le prix du sacrifice. Son nom demeure dans toutes les mémoires des algériens jusqu’à la fin des temps. Que dira-t-on d’un Gaid Salah dans quelques années. Un homme qui a choisi ses amis et ses proches au détriment de l’Algérie.
Organiser des élections présidentielles dans un tel contexte n’aura aucun sens significatif pour le devenir du pays. Un Président ainsi mal élu ne pourra guère créer le rapport de force face à nos interlocuteurs étrangers. Nous serons la proie facile des puissances qui se battent acharnement sur le continent Africain. Aucun candidat ne développe de telles perceptions du danger, surtout pas le général Ali Ghediri, un candidat qui sous des airs gaulliens, reste figé dans un cadre clanique et ligoté par des réseaux dormants.

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