#Musique : la Fiesta des Suds célèbre la révolution #musicale africaine.. Vidéo

VIDÉO. C'est une riche palette musicale de l'Afrique qui a été présentée à Marseille avec, entre autres, la diva malienne Oumou Sangaré et le chanteur belgo-congolais Baloji.
En ces premiers jours d'octobre, l'été joue les prolongations dans la cité phocéenne. Ça tombe bien : pour sa 27e édition, la Fiesta des Suds a installé ses différentes scènes en extérieur, en bord de mer, sur l'esplanade du J4, au pied du Mucem (Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée). Les travaux dans le quartier des Docks des Suds, où il a établi ses quartiers depuis plus d'une décennie, ont poussé ce festival au goût nomade à réinvestir ce lieu pour la seconde fois de son histoire.
Oumou Sangaré, une diva à part entière
Le vendredi, deuxième soir des festivités, la ville distille sa douceur de vivre. La diva malienne Oumou Sangaré entre en scène, tandis qu'un magnifique coucher de soleil coiffe l'horizon sur la Méditerranée. Bientôt, à la nuit tombée, c'est un fin croissant de lune aiguisé qui pointe dans le ciel. Mais la fièvre de la fête, la beauté du paysage, la magie de l'instant ne doivent pas nous faire oublier que cette mer est tragiquement devenue un cimetière marin où se noient actuellement de nombreux réfugiés (près de 17 000 personnes décédées ou disparues depuis 2014, selon l'Organisation internationale pour les migrations). Une triste réalité que rappelle la chanteuse dans son nouvel album Mogoya (2017), quand elle encourage notamment les jeunes Africains – ceux dont les pays ne sont pas en guerre – à rester sur le continent pour y construire leur vie et leur avenir. « On peut bâtir son paradis là où l'on est, et l'Europe n'en est pas un. Il faut que les jeunes arrêtent de rêver qu'ici c'est merveilleux, et qu'ils aient confiance en eux pour travailler dans leur pays. » Et cette artiste, qui est aussi une business woman aguerrie, sait de quoi elle parle : au Mali, elle a créé et développé différentes activités économiques, génératrices d'emplois. Révoltée par la vétusté et la dangerosité des véhicules usagés envoyés par l'Occident en Afrique, qui provoquent accidents et pollution, elle a lancé sa propre concession de voitures : Oum Sang, fabriquées en Chine. « J'ai créé 200 taxis climatisés. Mais ce n'est pas facile comme business, on m'a beaucoup fatiguée ! » Aujourd'hui, elle préfère se consacrer à l'agriculture et à l'hôtellerie, avec l'ouverture de son deuxième hôtel, un campement traditionnel dans le Wassoulou, sa région natale. Elle qui chante pour l'émancipation des femmes est devenue un exemple pour beaucoup de Maliennes. « C'était le but. Je voulais leur montrer qu'on peut réussir sa vie, arrêter d'être derrière les hommes, à tendre la main. Je les ai toujours encouragées à être autonomes. Grâce à mes actions, elles veulent travailler comme moi. » Cet entrepreneuriat enthousiaste et novateur conjugué à une brillante carrière internationale ne lui a pas valu que des sympathies, suscitant inimitiés et jalousies, qu'elle évoque indirectement dans sa chanson « Yere Fola » sur le suicide. « Si Dieu te donne le succès, il faut être prêt à en payer le prix. Quand j'ai fondé mes sociétés, certains ont été choqués, les fainéants qui ne veulent rien faire, ceux qui croient que tout vient de l'Occident et pensent qu'une femme ne peut pas réaliser tout ça. Et, là, les calomnies ont commencé. Mais je suis naturellement forte de caractère, comme ma mère. Je ne suis pas née pour être freinée par ces broutilles, donc j'ai foncé. Beaucoup d'artistes sombrent dans les stupéfiants, moi ma drogue c'est le travail ! Et aujourd'hui, je suis l'icône de tous ces gens, je reçois des lettres d'encouragement, du plus haut, comme le président, jusqu'en bas. Je suis un exemple pour la jeunesse malienne. » Une jeunesse qui lui réclamait une musique plus dansante pour accompagner leurs soirées en boîte de nuit, d'où ce choix pour son dernier album d'arranger sa musique et ses rythmes traditionnels avec des sonorités électroniques. « Je voulais toucher d'autres publics que le mien, qui m'est fidèle depuis les années 90. Ma musique dispense toujours des conseils, mais avec d'autres rythmes, pour que le public danse. Le but est atteint, les jeunes Maliens sont très contents. Et même à Londres, mes récents concerts ne réunissaient que des jeunes ! »

Baloji, une déflagration venue d'Afrique

Du haut de ses 1 m 98, coiffé d'un turban africain, silhouette longiligne vêtue d'un costard, le chanteur belgo-congolais Baloji captive le public avec la scansion de son flow hypnotique et habité. En swahili, son prénom signifie « homme de sciences », qui d'après lui a pris une connotation négative avec l'arrivée du catholicisme : c'est devenu « homme de sciences occultes », associé à la magie noire, au mal, à la sorcellerie. « Ce n'est pas très flatteur, mais je fais avec », s'accommode cet auteur-compositeur. Homme de sciences, ici il serait plutôt alchimiste, maniant l'art du verbe poétique pour transformer son vécu et son regard sur le monde en un slam dense, vibrant, riche en métaphores, images, paraboles. Aussi habile à brasser toutes ses influences pour créer un philtre musical constellé tant des musiques africaines qu'occidentales, inclassable, affranchi des formats normatifs (certains morceaux durent 11 minutes), naviguant entre trap, rumba congolaise, soukous, afrobeat, funk, électro, r'n'b, pop, bikutsi… « Je ne crois pas au monogenre. On fait une musique à l'image de ce que l'on est : multiple, constituée d'une succession de strates. Par exemple, je viens de Liège, berceau de la musique électronique en Belgique et en Hollande. Mais j'ai écouté aussi beaucoup de musiques congolaises des années 70 qui sont d'un raffinement absolu, avec une guitare à la fois dans la liesse et la tristesse, la dextérité et l'émotion, c'est de l'orfèvrerie, de la dentelle ! »
PAR ASTRID KRIVIAN, À MARSEILLE - lepoint.fr
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