LIVRES. L’enfance entre solitude et imaginaire

L’un fera rêver les plus jeunes, l’autre alertera les plus âgés; deux romans disent le monde, ses charmes et ses noirceurs.
Tino vit sur une petite île; chaque jour il y rencontre les mêmes personnes, croise les mêmes mouettes, et fréquente les mêmes cinq camarades de classe. Autant dire qu’il a l’impression de tourner en rond. Alors il s’invente des missions, des naufrages, des trésors, il cartographie, mesure et étudie les cailloux.
Mais voilà que la maîtresse annonce la visite d’élèves du continent. Quelle nouvelle, quelle aventure! Avec Antonia, c’est le même et l’autre qui débarquent sur l’île. Car la fillette ne ressemble pas à ses camarades, et peu à Tino, finalement, mais leur façon d’être tous deux différents les rapproche. Ils vivront une journée exaltante.
Marie Chartres sait et aime imaginer de jeunes héros légèrement dans la marge, touchants dans leur manière de s’approprier le monde, convaincants dans leur enthousiasme à vivre une enfance qui n’appartient qu’à eux. L’image de couverture de Jean-Luc Englebert donne envie d’embarquer immédiatement, et ses illustrations, dynamiques et sensibles, offrent un décor idéal à cette aventure de plein air – mais aussi intérieure.
La menace des Fantômes acides
La première histoire pour la jeunesse du bédéaste Nicolas de Crécy a pour héros un petit fantôme d’à peine 89 ans. Bien des années auparavant, ses parents ont disparu. Il faut dire que la période est sombre: les Fantômes acides, à l’idéologie et aux pratiques mortifères, sont aux portes du pouvoir. Entre quêtes et rencontres, toujours à la recherche de sa famille, le jeune héros va finir par s’engager dans la Résistance. Ce monde parallèle au nôtre, dont il préfigure les noirceurs à venir puisque c’est bien la Seconde Guerre mondiale qui s’annonce pour les humains, est glaçant: barbares et collabos y pullulent et alors qu’on les croit défaits, la fin du récit alerte le lecteur, il n’en est rien, les défenseurs de la «pureté de la race originelle» sont encore dans la ville.
L’auteur livre là un roman graphique fort, alarmiste, dont le protagoniste va de pertes en chagrins dans une solitude extrême. L’écriture est belle, les illustrations exceptionnelles, et ces qualités réunies ont valu à Nicolas de Crécy le Prix Vendredi, qui récompense des romans pour les plus de 13 ans et dont on dit qu’il est le Goncourt de la littérature jeunesse. Une lecture sombre et marquante.

Marie Chartres, «Un caillou dans la poche», L’Ecole des loisirs/Neuf. Dès 9 ans.
Nicolas de Crécy, «Les amours d’un fantôme en temps de guerre», Albin Michel. Dès 15 ans et pour tous.

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