Quand Kim Jong-un amadoue Donald Trump

Le dirigeant nord-coréen a accepté de fermer un site d'essai de missiles. Un geste aussitôt salué par le président américain, en quête d'un trophée.
Donald Trump n'a pas tardé à mordre à l'hameçon. Avant même de se coucher mardi soir, le président américain a dégainé un tweet pour saluer les premières annonces « enthousiasmantes » en provenance de Pyongyang. Kim Jong-un et le président sud-coréen, Moon Jae-in, ont réussi leur pari à l'occasion du premier sommet intercoréen tenu dans la capitale nord-coréenne depuis plus d'une décennie. Le leader suprême a jeté en pâture quelques promesses sur le front nucléaire, aussitôt « achetées » par un Donald Trump en quête d'un trophée diplomatique à la veille des cruciales élections à mi-mandat.
Lors d'un sommet haut en couleur, Kim Jong-un a mis sur la table des concessions nucléaire et balistique en trompe-l'œil pour amadouer une administration américaine gagnée par le doute, faute de progrès depuis le sommet de Singapour, le 12 juin dernier. Principale annonce, la fermeture prochaine du site de lancement de fusée balistique de Dongchang-ri, sous le regard d'experts internationaux. Le maréchal précise enfin la promesse qu'il avait faite à Trump lors de leur tête-à-tête dans la cité-État. Un geste non négligeable pour bâtir la confiance puisqu'il implique la fermeture d'un site testant les moteurs des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM). Pour autant, ce démantèlement, s'il devient effectif, n'entamera qu'à la marge les capacités balistiques de l'État paria, dont les Hwasong-14 et 15 sont lancés depuis des rampes mobiles, et grâce à du combustible solide beaucoup plus rapide et furtif. Ces engins sont capables en théorie de frapper le continent américain. Contrairement aux affirmations de Trump, la menace balistique nord-coréenne est intacte, malgré le fait que le régime aurait sans doute besoin de quelques tests supplémentaires pour parfaire sa force de frappe.

Photo à trois

Sur le front nucléaire, le leader suprême a promis de « démanteler de façon permanente » son site historique de Yongbyon, mais à la condition que les États-Unis « prennent des mesures correspondantes ». Une façon de renvoyer la balle dans le camp de Washington, qui exige en vain une liste des sites sensibles à travers le pays. Kim, fort du soutien renouvelé de la Chine, tient bon et demande à la première puissance mondiale de lâcher du lest. Avec le sourire. « Ce sont des propositions fortes en symbole mais peu substantielles », explique au Point Go Myong-hyun, du Asan Institute, à Séoul. Une analyse partagée par le réputé think tank américain Center for Strategic and International Studies (CSIS), à Washington. « Kim n'a pas offert le démantèlement des éléments les plus importants de son programme nucléaire (l'enrichissement d'uranium, les têtes nucléaires et les ICBM à combustible solide). Il a mis sur la table de vieux systèmes qui n'ont pas autant de valeur », juge l'un de ses experts, Victor Cha, ancien négociateur, dans une première note d'analyse.
Pourtant, Donald Trump a plongé sans hésiter, émoustillé à l'idée de pouvoir décrocher un nouveau sommet avec le leader nord-coréen, avant les élections à mi-mandat. Washington est prêt à reprendre « immédiatement » les négociations, a déclaré le secrétaire d'État Mike Pompeo, qui avait annulé abruptement sa dernière visite à Pyongyang, prévue en août, faute de progrès. Le régime n'a pas spécifié publiquement ses exigences. Mais, en coulisse, Séoul et Pyongyang poussent pour arracher une déclaration solennelle mettant fin symboliquement à la guerre de Corée, toujours suspendue à un fragile armistice conclu en 1953. Le président Moon rêve d'emmener son acolyte Kim à l'Assemblée générale de l'ONU à New York pour une rencontre à trois avec Trump mettant fin à un conflit de soixante-dix ans. Une jolie photo que le président pourrait tweeter et dont il serait fier à la veille du vote des élections à mi-mandat. Mais derrière les symboles et l'émotion se profilent des bénéfices tactiques à long terme pour Kim. La fin officielle des hostilités lui donnerait des arguments pour arracher une levée des sanctions, mais aussi un retrait progressif des troupes américaines sur la péninsule. Au minimum, elle entraînera des tensions au sein de l'alliance Washington-Séoul, au grand bénéfice de l'État paria. Déjà, Kim s'engouffre dans la brèche et a promis de visiter la capitale sud-coréenne « d'ici la fin de l'année ». Du jamais-vu pour un dirigeant nord-coréen. Alors que Trump a les yeux rivés sur les élections de novembre, le jeune dictateur négocie pied à pied, et voit loin.
Envoyé spécial à Séoul, Sébastien Falletti/lepoint.fr
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