Brexit : la City donne le change

Le « bain de sang » prédit dans la City à la suite du vote sur le Brexit ne s'est pas produit, comme l'atteste l'expansion du marché des changes londonien.
Selon une étude de l'agence Reuters, au cours des deux dernières années, Londres a accru sa domination sur le marché international des changes (+ 23 %) au détriment de New York, Singapour, Hong Kong et Tokyo. Tout indique au contraire qu'après la sortie du Royaume-Uni, le négoce de l'euro restera dans la City, malgré les efforts de la Commission européenne et des places rivales de Paris et de Francfort de rapatrier cette activité très lucrative.
Comment expliquer cette réussite du Forex (Foreign Exchange) alors que les nuages du Brexit s'amoncellent au-dessus de la première place financière européenne, voire mondiale ? D'abord, par les fuseaux horaires (Londres ouvre quand l'Asie ferme et clôture lorsque Wall Street se réveille), selon cette analyse publiée le 21 août et portant sur les cinq principaux marchés internationaux des devises. Les opérateurs de la City peuvent ainsi réagir rapidement aux soubresauts actuels, tels que le Brexit ou la montée du protectionnisme commercial. En ces temps de grande incertitude, le Forex est considéré comme un placement attractif, moins volatil que les actions ou les matières premières dans le cadre d'une politique de diversification de portefeuille.

Perte du passeport financier européen

Malgré le prochain départ du Royaume-Uni, prévu officiellement le 29 mars 2019, le marché londonien des devises, le premier dans le monde, a visiblement toujours la cote auprès des investisseurs institutionnels, hedge funds et fonds mutuels.
Sa taille énorme, les sommes considérables en jeu et le grand nombre de participants protègent ce marché visible, mobile et vital de la spéculation. Le nombre limité de devises activement négociées dans le monde, une quinzaine largement dominées par le dollar roi, constitue un rempart contre les mauvaises surprises. Totalement mondialisé, se déroulant vingt-quatre heures sur vingt-quatre, le négoce des monnaies est de surcroît très organisé, en particulier au niveau des paiements.
Reste que le Brexit constitue une menace sérieuse pour la primauté de la City. En effet, le secteur financier d'outre-Manche est, de facto, exclu du Livre blanc britannique présenté le 6 juillet sur la relation future entre le Royaume-Uni et l'UE. Le document, qui concerne les biens et les personnes, se limite à réclamer sur le plan financier « un vague arrangement qui préserve les bénéfices mutuels des marchés intégrés et protège la stabilité financière ». De surcroît, la City perdra le « passeport financier européen » qui lui permet aujourd'hui de vendre librement ses produits sur le continent.

Le cas du yuan

Dans un tel contexte, l'Allemagne et la France font pression sur la Commission européenne pour que, après le Brexit, les transactions très lucratives des produits dérivés en euros transitent par un pays de l'UE. Paris comme Francfort font de ce rapatriement une question de souveraineté et de contrôle des risques.
Sans sous-estimer en privé ces menaces, les traders du Forex londonien restent confiants. Ils invoquent le coût substantiel pour les clients d'une délocalisation des salles de marché et la perte de la liaison sous-marine par câble avec New York. Le savoir-faire historique et la masse critique des professionnels aux méthodes rodées expliquent également la prééminence de la City. En outre, Londres s'est déjà placée en pole position pour l'après-Brexit sur le négoce des devises des pays émergents. La capitale britannique joue déjà un rôle-clé dans l'internationalisation du yuan chinois grâce à sa plateforme off shore créée en 2012.
Par  Marc Roche/lepoint.fr
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