Journée des droits des femmes : L’affaire Weinstein fait de ce 8 mars un moment charnière

Des associations et des syndicats ont rappelé lors du rassemblement organisé place de la République à Paris jeudi les inégalités dont les femmes continuent d’être victimes.

Symbole de la femme peint en rouge sur ses joues, Cécilia, 16 ans, participe à sa première mobilisation, jeudi 8 mars. Parce qu’au long des derniers mois, « il s’est passé quelque chose de plus important que [s]on cours d’espagnol », la lycéenne s’est rendue au rassemblement organisé à 15 h 40, place de la République à Paris, à l’occasion de la 41e journée internationale des droits des femmes.

Cinq mois après le début de l’affaire Weinstein, ce rassemblement revêt une résonance inédite, qui explique sans doute le nombre de manifestants et de manifestantes présentes, malgré la pluie — 1 500 selon la préfecture de police de Paris.
 Grâce à cette affaire, j’ai mesuré que toute la société reposait sur un modèle patriarcal, celui de la domination. Je suis là pour dire toute la colère que cela m’inspire », confie la lycéenne de terminale, avec l’enthousiasme d’une adolescente qui vit son premier rassemblement collectif. Plus loin sur la place, Nelly, 66 ans, qui affiche modestement « quarante ans de lutte féministe », fait le même constat :
« Dans le contexte de l’affaire Weinstein, de nombreuses femmes ont pris la mesure de l’oppression dont elles étaient victimes, cela gonfle nos rangs, et fait de ce 8 mars un moment charnière. »
« C’est comme si ces révélations venaient concrétiser des années de lutte féministe jusqu’ici inaudibles », commente Nursel, venue représenter les femmes kurdes à ce rassemblement.

« On n’est plus seule »

Les manifestantes interrogées place de la République évoquent toutes cet « avant-après » qui leur a « ouvert les yeux » et « donné envie de prendre la parole qu’on [leur] prend ». Alors beaucoup racontent des histoires personnelles, apportant leur « petite histoire » dans la grande. « Grâce à cette libération de la parole, on se sent plus forte pour dire non, on n’est plus seule », se réjouit Nelly, qui donne l’exemple d’une femme qu’elle a entendue récemment « hurler dans le métro parce qu’un homme venait de la toucher ».
Salomé, 17 ans, le visage caché sous sa capuche en fourrure, se souvient encore de « l’oppression » et de « la peur au ventre » qu’elle a ressentie il y a deux ans quand deux garçons l’ont « bloquée dans le métro », devant des usagers impassibles. « Nous sommes encore très jeunes, mais ce harcèlement de rue, c’est notre quotidien, c’est partout », résume Cécilia, ses cheveux blonds au vent, imperturbable malgré la pluie — « ce sale temps ne devrait pas empêcher de venir à la journée des droits des femmes », juge-t-elle.
Le harcèlement de rue, c’est le sujet qui a le plus interpellé Clément, 27 ans, quand la parole des femmes s’est libérée à l’automne. « C’est intolérable que cela se passe encore en 2018. Je suis là pour apporter mon soutien au mouvement et être plus au fait des revendications féministes », fait savoir le jeune biologiste, qui évoque notamment « la nécessité d’arriver à l’égalité salariale entre les hommes et les femmes » et l’importance du « renforcement de la législation pour pénaliser le viol ».

« Paroles, paroles, paroles »

Deux thèmes sont abordés au micro par les collectifs féministes et les syndicats participant au rassemblement. « Le viol reste le crime le plus massif et le plus impuni : 90 % des femmes n’osent pas porter plainte, 1 % des violeurs sont en prison, 70 % des plaintes sont classées sans suite », énumère Céline Piques, de l’association Osez le féminisme. Evoquant « une double peine pour les femmes », elle réclame « une meilleure formation des policiers pour mettre fin à la culture du viol ».
S’agissant de l’égalité salariale, de nombreuses intervenantes ont rappelé les 9 % d’écart de salaire qui séparent encore les femmes et les hommes à compétence égale. « Une femme travaille en moyenne un mois de plus chaque année qu’un homme », affiche une militante d’Actionaid, sceptique face aux annonces du gouvernement de sanctionner, à partir de 2022, les sociétés de plus de cinquante salariés présentant des écarts « injustifiés » de salaires.
Céline Piques estime que, sur ce point, le président de la République, Emmanuel Macron, « doit arrêter la com' pour passer aux actes », considérant qu’il ne met « pas de moyens suffisants pour l’égalité entre les femmes et les hommes ».
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