Cinéma | «Cherchez la femme»: un sourire à peine voilé. Bande Annonce

Un garçon se déguise en femme voilée pour retrouver son amoureuse à la barbe d’un grand frère radicalisé. Cette comédie dédramatise joyeusement l’intégrisme.
La tentation intégriste, les attentats terroristes, l’obscurantisme guerrier de Daech ont contribué à faire de la religion des 1001 Nuitsun spectre monumental. Cherchez la femme a l’immense mérite de désacraliser les crispations idéologiques, de relativiser les dérives fondamentalistes, de capter la touche grotesque inhérente à toute forme de dogmatisme.
Rafale de quiproquos
Etudiante en Sciences Po, Leila file le grand amour avec un de ses condisciples, Armand, et se prépare à passer un semestre aux Etats-Unis en sa compagnie. Sur ce, Mahmoud, son frère aîné, revient d’un séjour au Yémen au cours duquel il s’est sévèrement radicalisé. «Dieu le miséricordieux a éclairé ma voie», dit-il. Il arbore une barbe toute neuve et se donne pour tâche de «guider les gens avec douceur et bienveillance». Il commence donc par déchirer les photos familiales et remplacer une affiche de cinéma par un tapis de foi des Frères musulmans. Fini la rigolade, fini la décadence, fini la bagatelle!
Amanda est privée de portable et de passeport, bouclée à la maison en attendant un mariage raisonnable. Pour continuer à la voir, Armand a l’idée audacieuse et saugrenue de se déguiser en… femme voilée! Planqué sous un niqab, il argue d’un motif religieux honorable pour se faufiler dans l’appartement et tromper la vigilance de Mahmoud. Le plan marche à la perfection hormis un petit imprévu: le cerbère s’éprend du regard de braise et de la piété admirable de cette énigmatique Shéhérazade. C’est le début d’une rafale de quiproquos menés à bon rythme par d’excellents jeunes comédiens, à commencer par la chanteuse Camélia Jordana et Félix Moati (HippocrateA trois on y va) dans les rôles principaux.
Impact comique
Née à Téhéran, Sou Abadi a 10 ans lorsque éclate la révolution, 15 lorsqu’elle émigre. Elle a eu le temps de connaître le régime islamique, «les restrictions vestimentaires, l’éducation religieuse obligatoire et toutes ces lois fondées sur l’interdit», confie-t-elle au Figaro. En 2001, elle a tourné un documentaire, SOS à Téhéran. Elle revient aujourd’hui au cinéma avec cette comédie de mœurs qu’elle qualifie de «film politique».
Le postulat de départ peut sembler tiré par les cheveux, mais Cherchez la femme parvient à suspendre l’incrédulité. Conjurant l’effroyable vulgarité des comédies avec Christian Clavier consacrées à la problématique de l’intégration (Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?A Bras ouverts), le film assimile quelques sympathiques figures vaudevillesques. Le travestissement renvoie forcément à Certains l’aiment chaud, un film que la réalisatrice apprécie particulièrement. Et le cri que la mère d’Armand pousse en découvrant le pot aux roses, «Mon fils se déguise en femme voilée!» rivalise d’impact comique avec le fameux «Je suis mon frère venu me venger!» proféré par Dustin Hoffman dans Tootsielorsqu’il arrache sa perruque.
Le rire tue la peur
L’ambiguïté d’Armand/Shéhérazade agit comme un révélateur des crispations sociétales qu’engendrent le voile et la place des femmes. Tour à tour coursé par des barbus pas futés et vitupéré par des féministes iraniennes, découvrant la difficulté de boire son thé sans paille, le godelureau en niqab doit encore repousser les avances de Mahmoud. Sa lecture assidue du Coran pour les Nuls lui fournit d’irréfutables arguments moraux. Tout se termine bien selon les règles de la comédie romantique.
En prise directe sur l’actualité, le film de Sou Abadi a des vertus déculpabilisantes. Il exorcise le spectre du politiquement correct. Il rappelle que l’islam n’est pas monolithique: il y a un abîme entre le rapport à la religion qu’entretiennent des intellectuels iraniens communistes et des intégristes incultes, ces Fabrice de banlieue qui se rebaptisent Farid et font instinctivement le signe de croix dans les moments de désarroi… La cinéaste rappelle que le rire tue la peur. Aux premières du film, les spectateurs de toutes confessions rient de bon cœur.
Par letemps.ch
Cherchez la femme, de Sou Abadi (France, 2017), avec Félix Moati, Camélia Jordana, William Lebghil, Anne Alvaro, Carl Malapa, 1h28 

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