Finances du Vatican : une démission qui gêne

Le départ du laïc nommé pour assainir les finances du Vatican, après plusieurs scandales, fait vaciller les réformes du pape François.

« Libero Milone a présenté sa démission au Saint-Père, qui l'a acceptée. » Derrière un communiqué réduit à sa plus simple expression, c'est toute la réforme des finances du Vatican annoncée par le pape François qui vacille. Soixante-huit ans, ancien président de la filiale italienne du cabinet international d'audit Deloitte & Touche, Libero Milone avait été nommé en mai 2015 contrôleur général des finances du Vatican avec l'accord du cardinal australien George Pell, membre du C8 – le conseil des cardinaux qui forme la garde rapprochée du pape François – et secrétaire (ministre) pour l'économie.
Sa mission consistait à passer au crible tous les comptes des organismes de la curie et des différents dicastères – les ministères – du Vatican. Sa lettre de créance lui assurait « pleine autonomie et indépendance », et l'autorisait à saisir l'autorité judiciaire vaticane en cas de découverte de délits. Il avait à son service une équipe de 12 collaborateurs issus du monde de la finance. Jamais laïc n'avait été investi de tels pouvoirs pour fouiller dans les méandres de la sulfureuse finance du Saint-Siège.
Mais Libero Milone a raidement compris que sa mission dérangeait. Quatre mois après sa nomination, son ordinateur était examiné par de mystérieux cambrioleurs qui étaient entrés dans son bureau à quelques dizaines de mètres de la basilique Saint-Pierre. L'affaire a été suivie de fuites qui ont conduit à l'arrestation de deux membres de la commission sur les activités économiques du Saint-Siège, Francesca Chaouqui et monseigneur Balda. Rebaptisé VatiLeaks 2, le scandale est, de l'avis de tous les observateurs, un des éléments qui ont conduit Benoît XVI à démissionner.

Départ ou limogeage ?

Plus récemment, la bataille secrète qui se joue autour des finances du Vatican était apparue en plein jour à l'occasion du conflit entre Libero Milone et l'Apsa, la puissante Administration du patrimoine du siège apostolique. Le contrôleur général des finances avait publié un communiqué public intimant les organismes du Vatican de ne pas suivre les directives de l'Apsa sur la communication de leur documentation financière. Libero Milone avait également refusé de céder à la sollicitation d'entrer dans le conseil d'administration de Rai Way, la société de gestion de la fibre optique de la télévision du Vatican. Certains avaient vu dans ce refus la volonté de ne pas avaliser des bilans financiers.
Rien ne filtre au Vatican sur l'épisode précis qui a précipité le départ – ou le limogeage ? – de Libero Milone, mais il confirme deux règles concernant les finances du Saint-Siège.
1) Les laïcs qui s'en approchent se brûlent. Ettore Gotti Tedeschi, le banquier qui était devenu président de l'IOR, la banque du Vatican, en 2009, pour y apporter la glasnost, a été limogé en 2012 dans des conditions qui n'ont jamais été élucidées.
2) Le pape François est hésitant et change souvent d'avis, y compris sur les hommes qu'il a personnellement choisis. Ainsi, l'Apsa, au cœur de nombreux scandales dans le passé, semblait au début de son pontificat destinée à perdre son pouvoir ou même à disparaître. Il n'en fut rien. À la surprise générale, les attributions de l'Apsa ont été confirmées et c'est le cardinal Pell et Libero Milone qui ont vu leurs pouvoirs diminuer.
Reste à savoir si le pape François ne veut pas faire toute la lumière… ou si la curie romaine l'en empêche.
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