Tariq Teguia : La France est une puissance fatiguée et inquiète


Vu de l’extérieur. Le cinéaste algérien répond à la question : « Que représente pour vous la France de 2017 ? ».

A l’approche des élections, Le Monde invite des ar­tistes internationaux de renom, qui connaissent bien notre pays, à répondre à la question : « Que représente pour vous la France de 2017 ? ». Car s’il est un ­enjeu qui engage artistes et politiques, c’est bien celui de la représentation. Aujourd’hui, c’est le cinéaste algérien Tariq Teguia, auteur de films splendides où les fantômes de l’histoire viennent danser dans le chaos du présent – Rome plutôt que vous (2006), Inland (2008), ­Révolution Zendj (2013)… – qui se prête à notre jeu. Le réalisateur, âgé de 50 ans, vit et travaille entre Alger, Paris et Thessalonique.
« La France de 2017 représente pour moi une irrésolution, une forme introuvable où se mêlent les fantômes de 1789 et de 1848, ceux de la Commune et des ­conquêtes sociales de 1936, les esprits de Rimbaud en cavale dans “l’affection et le bruit neufs” et ceux des frères, militants français pour l’indépendance algérienne. Mais ces fantômes en affrontent de plus inquiétants, versaillais à l’assaut des barricades communardes, corps expéditionnaire colonial venu au titre de la monarchie puis des valeurs de la République civiliser à la baïonnette l’Afrique, pétainisme attentif au réarmement moral, sa tâche historique.
Sous d’autres noms, ces figures coexistent toujours dans la France de 2017, puissance fatiguée et inquiète à l’idée de son déclassement. Il y aurait un rang à tenir. Une hantise qui alimente le discours de l’extrême droite, celui d’une identité idéelle, autant que l’autre qui invoque, dans une fuite en avant du capital, les nécessaires réformes ordo-libérales. Comment en serait-il autrement dans un pays où le gouvernement revendique les qualités complémentaires de fondé de pouvoir du capital et de héraut d’un interventionnisme militarisé sous le couvert de droits humains à sauver ?

Par /lemonde.fr
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