France | «Tout sauf Sarkozy»: les clés du premier débat de la primaire de la droite

Le premier débat télévisé opposant les sept candidats à la primaire de la droite et du centre. Nicolas Sarkozy devra contenir l’assaut de ses rivaux, à commencer par Alain Juppé
Nicolas Sarkozy, le candidat que tous veulent abattre. Sur le plateau de TF1 qui accueillera jeudi soir, à 21h00, le premier débat de la primaire de la droite et du centre, l’ancien président français sera bien seul – deux autres débats auront lieu, les 3 et 17 novembre, avant le premier tour du 20 novembre; un dernier se tiendra avant le second tour du 27 novembre.
Certes, les six autres candidats (Alain Juppé, François Fillon, Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-François Copé et Jean-Frédéric Poisson) auront d’abord à cœur de soigner leur spécificité devant les téléspectateurs. Mais c’est bien «Sarko» que l’on attend. D’abord pour mesurer sa forme politique, après deux semaines de déconvenues dans les sondages. Ensuite pour anticiper ses chances face à celui qui, d’après toutes les enquêtes d’opinion, reste grand favori pour l’emporter et devenir le candidat de la droite à la présidentielle d’avril-mai 2017: son ancien ministre des Affaires étrangères Alain Juppé.

Sept candidats, trois journalistes

Pour les sept candidats, debout face aux caméras derrière des pupitres bleus et interrogés par trois journalistes, l’enjeu de cette première confrontation varie radicalement. Alain Juppé, qui a engrangé mercredi le ralliement d’environ 600 élus centristes de l’UDI et de leur leader Jean-Christophe Lagarde, est aujourd’hui dans une logique d’échappée. Un sondage «BFM/L’Opinion» estimait de nouveau hier qu’un Français sur deux a une bonne opinion de lui – alors que Nicolas Sarkozy n’arrive qu’en cinquième place – et juge qu’il ferait «un bon président de la République».
Le maire de Bordeaux doit dès lors conforter la ligne rassurante et apaisée qui est la sienne. Avec une inconnue: sa capacité à encaisser les flèches que les uns et les autres lui décocheront sans doute sur son âge (il a 71 ans), sur ses ennuis judiciaires passés (14 mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité prononcés contre lui en décembre 2004) et son bilan chaotique de premier ministre de Jacques Chirac de 1995 à 1997 (marqué par les grandes grèves ferroviaires de la fin 1995, puis la dissolution de l’Assemblée qui porta le PS au pouvoir).
Suivent derrière lui et Nicolas Sarkozy, deux poursuivants: l’ancien premier ministre François Fillon (2007-2012, 10% dans les sondages) et l’ancien ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire (15%). Leur sprint comporte néanmoins deux différences de taille. La première est que Bruno Le Maire, 47 ans, joue surtout l’échéance présidentielle prochaine, d’autant qu’Alain Juppé a annoncé sa volonté de faire un mandat unique. La seconde est que François Fillon, devenu l’un des ennemis intimes de Sarkozy, sera naturellement porté vers le camp Juppé. Alors que pour Le Maire, tout apparaît négociable…
Le troisième duo est le plus disparate. D’une part, la seule femme qualifiée pour cette primaire, bien résolue à jouer à fond cette carte antimacho: l’ancienne ministre de l’Environnement Nathalie Kosciusko-Morizet (4% des intentions de vote). Sa proximité avec Alain Juppé est connue, et ce dernier a facilité ses parrainages. Elle est aussi tenante d’une plateforme libérale, tant sur le plan social qu’économique, et très portée vers le numérique. Elle se dit intéressée par l’aventure de l’ancien ministre Emmanuel Macron, qui tenait au Mans son second meeting mardi. Tout dépendra, là, de sa capacité à faire entendre sa voix pour conquérir un public urbain et éduqué.
Dans sa roue: l’ancien président de l’UMP Jean-François Copé (3%), entaché politiquement par le scandale Bygmalion de financement de la campagne présidentielle 2012 de Nicolas Sarkozy, avant d’être juridiquement blanchi, est, lui, dans une logique de revanche. Il veut continuer à peser, mais on le verra surtout à l’attaque. Ces débats télévisés sont pour lui l’occasion de s’autoréhabiliter.

Réunir 3 millions d’électeurs

Dernier de la liste (2%), le centriste catholique Jean-Frédéric Poisson, président du petit Parti chrétien-démocrate et successeur à l’Assemblée de l’égérie de la droite religieuse Christine Boutin. Là, pas de suspense. Mais vu l’égalité des temps de parole, l’homme profitera à coup sûr des projecteurs. Avec, pour tous les candidats, un enjeu collectif: convaincre les téléspectateurs que cette primaire mérite le détour (il suffira pour voter de payer 2 euros et de signer une charte de soutien à l’alternance et aux valeurs de la droite). L’objectif affiché de la Haute autorité de la primaire est de réunir plus de 3 millions d’électeurs pour chaque tour. Or l’on sait que plus ils seront nombreux, au-delà des militants et sympathisants, plus le «Tout sauf Sarkozy» pèsera…
Par Richard Werly
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