Littérature : voyage au bout de l’enfer algérien

Amine Ait Hadi nous entraîne au cœur de la décennie noire dans un récit glauque et habité.
Prix Assia Djebar en langue française, L’Aube au-delà, premier roman d’Amine Ait Hadi, nous plonge au cœur de l’horreur d’une famille pendant les heures sombres de la décennie noire algérienne. Le jeune écrivain, né en 1982 en Algérie, auteur de trois recueils de poésie, saisit le lecteur par les tripes dès les premières pages avec le récit chirurgical d’un meurtre. Il impose d’emblée un style viscéral et poétique, où aucun détail de l’agonie n’échappe à sa plume, jusqu’à l’écœurement.
Récit glaçant d’un patricide
Une jeune femme, Meryem, assassine son père, un terroriste. Un drame familial symbole de la guerre intestine qui a ravagé « l’Algéhenne », selon l’expression empruntée à l’un des recueils d’Ait Hadi. Un trio infernal se met en place dans un entrelacs d’histoires glauques.
Meryem, la fille délirante, et Lila, sa mère passive, sont toutes les deux cloîtrées, maltraitées par un père et un mari tyrannique, Mustapha, mi-homme mi-bête, impliqué avec ses compagnons dans un massacre atroce. Meryem, la narratrice, navigue sur la crête de la réalité et de la fantasmagorie, signe de la folie en elle et autour d’elle.
Au rythme d’une scansion fiévreuse et habitée, Amine Ait Hadi emprunte une voie littéraire sans concession, exigeante, sur le fond et dans la forme. L’ambition dévoile des promesses qui se heurtent à un trop-plein parfois difficile à suivre (inflation de vocabulaire, descriptions appuyées, fascination gore). Mais c’est aussi un pari sur la capacité du lecteur à sortir des sentiers battus d’une littérature complaisante qui en fait un auteur à suivre.
Par Mabrouck Rachedi
L’Aube au-delà, d’Amine Ait Hadi, éd. Aden, 152 pages, 17 euros.
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