MUSULMANS, UNE FOIS PAR AN

Le sujet que j’ai choisi pour ma chronique cette semaine est épineux. Je dirai même plus : il est périlleux. Périlleux comme pieux. Et quand je dis pieux, ça ne concerne pas que les vieux.

Je ne vous apprendrai rien si je vous disais qu’au Maroc, nous sommes tous et toutes, autant que nous sommes, de père en fils et de mère en fille, des musulmans et des musulmanes, du moins, constitutionnellement parlant. J’ai bien dit musulmans et musulmanes, mais pas pratiquants et pratiquantes. En fait, ça ne me gêne pas outre mesure.

Je ne suis ni le gardien du temple ni le concierge de la paroisse. Chacun a le droit de faire ce qu’il veut et chacune ce qu’elle peut. Mais je ne vous cache pas que ça m’a toujours agacé au plus haut point de remarquer que beaucoup de personnes que je connais, y compris certains et certaines qui me sont très proches, s’adonnent allègrement tout le long de l’année- et comme je les envie ! - à tous les plaisirs de la vie, dont les plus interdits. Mais dès que le ramadan pointe son nez, elles deviennent plus dévotes que l’imam de la Mosquée des Qaraouine de Fès que d‘ailleurs je ne connais même pas, mais que je suppose être un musulman permanent.

En vérité, ça fait longtemps que je voulais aborder ce sujet dans un de mes billets, mais je l’ai à chaque fois reporté pour différentes raisons, les unes plus lâches que les autres telles que: ce n’est pas le moment, c’est un sujet pour spécialistes, que je suis mal placé pour en parler, et, parfois, et même souvent, j’ai évoqué, à moi-même, le fait que ça pourrait m’attirer des ennuis. Entre nous, ce dernier argument n’est pas tout à fait faux car, comme vous le savez, tout ce qui touche à la religion chez nous est considéré comme sacré, et de ce fait, peut provoquer de sacrés problèmes.

Alors pourquoi, me demanderiez-vous, malgré tout cela, je m’entête à vouloir me mêler de ce qui ne me regarde pas, et, surtout, ce que je ne maitrise pas. Pour être franc avec vous, cette histoire me taraude l’esprit depuis longtemps. Et quand je vous dis longtemps, c’est vraiment très longtemps. Déjà quand j’étais gamin, et que je ne connaissais presque rien de tout et pas seulement de la religion, je me souviens que je ne trouvais pas très normal que mes grands frères, mes grands cousins et leurs amis communs, qui sortaient et picolaient tout au long de l’année, s’arrêtaient net dès qu’ils entendaient la sirène qui annonçait le début du carême comme l’appelaient mes instits de l’école française où on m’avait inscrit accidentellement.

A cette époque-là, les bars et les débits de boissons alcoolisées n‘étaient pas obligés, comme maintenant, d’arrêter de servir leurs clients 3 jours avant ni d’attendre 3 jours après la fin du ramadan pour les resservir. Je me rappelle parmi les souvenirs dans mon quartier d’enfance, qu’aussitôt le dernier ftour du ramadan ingurgité, et même parfois avant, je voyais des voisins complètement saouls, et qui étaient durant tout le mois constamment en djellabas et faisaient assidument les 5 prières du jour et beaucoup plus durant la nuit. Attention : si je vous raconte tout ça , ce n’est pas par nostalgie ou pour vous montrer que c’était mieux avant. A mon humble avis d’impie, avant ce n’était ni mieux ni pire que maintenant, mais simplement pareil. A quelques jours près.

En effet, il y a toujours eu les musulmans pratiquants que j’ai appelés permanents, et que je ne blâme ni n’encense - c’est une affaire entre eux et le Grand Patron, - et ce que je pourrais qualifier de musulmans de temps en temps, et qui ne sont à mes yeux ni des anges ni des démons, ou peut-être sont-ils les deux en même temps. Vous n’allez peut-être pas me croire mais je vous assure que j’ai un ami qui était parti il y a quelques années effectuer la Oumra dite du ramadan et qui avait profité au retour d’une escale à Paris pour faire des emplettes au free-shop de l’aéroport, dont deux bouteilles de très bon whisky. Je dois cependant préciser qu’il ne les a bues ou plutôt partagées avec d’autres amis, faux dévots comme lui, et qui s’en souviennent encore aujourd’hui, que le soir de la fête de l’Aïd.

Tout cela étant dit, je ne suis pas sûr d’avoir été très clair dans mon analyse qui n’en est d’ailleurs pas une. En vérité, tout ce que je vous ai débité ici n’est qu’un constat à l’amiable car je ne suis ici ni pour dresser un PV aux uns ni pour tresser des lauriers aux autres. Je ne suis qu’un pauvre observateur qui n’arrive jamais à regarder ailleurs que là où il ne faut pas. Priez pour moi, vous les bons musulmans et les bonnes musulmanes, pour qu’un jour j’arrête de jouer aux redresseurs de torts et que je revienne à la raison moi aussi, c’est-à-dire que je fasse comme les autres. Mais comme je suis sûr que ce n’est pas demain que vos prières seront exaucées, je vais vous dire vivement plus de cohérence dans la vie et vivement mardi prochain.

Mohamed Laroussi/fr.le360.ma
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