Oui, nous devons accueillir nos frères syriens

Tout d’abord, je voudrai insister sur un point essentiel. Comme vous l’avez remarqué dans le titre du présent article, j’ai employé le terme"frères syriens " et non le terme "réfugiés " qui ne sied pas. Dans une organisation internationale, c’est le terme juridique adéquat tel que défini dans le droit conventionnel. Pour les pays occidentaux, également. Cependant, pour nous, partie intégrante du monde arabe, les syriens ne sont pas des réfugiés mais des frères, des membres d’une même famille.
Et ces frères ont de tout temps accueillis les ressortissants des pays arabes confrontés aux aléas de l’Histoire. Jadis, l’émir Abdelkader, algérien, s’installa et mourut à Damas. Après, se sont les palestiniens et plus tard les irakiens qui s’installèrent en Syrie. Par conséquent, aujourd’hui, nous devons accueillir ces frères qui vivent une des pires tragédies depuis la Seconde Guerre mondiale. Et leur situation urge et inquiète.
Dans une famille, quand un de ses membres se trouve dans la rue, on ne se demande pas si on peut l’accueillir ou non. C’est une évidence de le sauver et de l’aider, à moins que d’être un lâche sans foi ni loi. C’est pareil aujourd’hui avec nos frères syriens, c’est un devoir qui incombe aux États arabes de leur ouvrir leurs portes. 
 Pourquoi l’Europe les accueille et certains pays arabes ne le font pas ?Les arabes optent-ils pour le choix de Viktor Orbán , le chef du gouvernement hongrois et non pas celui de la chancelière Merkel?
Certes, la chancelière allemande que le caricaturiste algérien Ali Dilem, dans un subtil jeu de mots, surnomma Mère Kel a fait preuve d’humanisme. Elle le doit en grande partie à son appartenance familiale, elle est la fille d’un pasteur protestant et elle appartient à la CDU, le parti démocrate chrétien allemand, elle a donc été fidèle à la charité chrétienne et aux valeurs humanistes prônées par le christianisme. 
 Également, la crise grecque a montré la chancelière comme faisant fi des souffrances du peuple hellène. Donc sa prise de position pour l’accueil de milliers de syriens pourrait être une tentative ayant pour objectif de montrer qu’elle n’est pas la femme dépouillée de sentiments comme voulait le laisser croire une certaine presse cette été. On est passé du Merkelbashing au mois de juillet à la Mekelmania au mois de septembre.
Quoi qu’il en soit, son attitude a été exemplaire et elle a été sensible à la détresse de tout un peuple contrairement à beaucoup de gouvernements occidentaux et même du monde arabe.
Ici, j’appelle la Tunisie à ouvrir ses portes à nos frères syriens. Pourquoi l’avoir fait pour les libyens et ne pas le faire pour les syriens ? Et dans de telles conditions, il nous incombe de sauver les populations sans se poser la question des moyens car il s’agit de vies humaines. Toutefois, toutes les questions sont légitimes et méritent d’être débattues sinon on tombe dans la dictature de la pensée unique et on baigne dans le politiquement correct.
Je voudrai donc évoquer un certain nombre de points pour montrer que la Tunisie peut et doit accueillir nos frères syriens.
Tout d’abord, tous les syriens ne seront pas tributaires des aides éventuelles de l’État tunisien. Un certain nombre d’entre eux ont économisé certaines sommes, ils ont pu monter des petits projets, c’est un peuple digne et non pas rompu à l’assistanat. Dans mon propre quartier à titre d’exemple, l’épicerie a été reprise par un syrien qui d’ailleurs la gère très bien. Pour ce qui est des syriens qui n’ont plus rien, il faut se mobiliser et les aider.
Le Liban a accueilli 1.2 million de syriens sur une population de 4 millions d’habitants. Et Dieu sait dans quel état se trouve ce pays, économiquement, socialement et sur le plan géopolitique. Donc à ce que je sache, le Liban n’est pas une oasis de paix et de prospérité et ils ont ouvert leurs portes. La Jordanie a accueilli 630 000 syriens et ce n’est pas un pays connu pour sa richesse. L’Egypte et en dépit de la succession de crises qu’elle a endurée ces cinq dernières années, a accueilli près de 140 000 syriens, 132 375 enregistrés auprès du HCR au mois de juillet 2015. Les autorités estiment qu’en réalité le nombre est bien supérieur et qu’il dépasse les 400 000 personnes. Le système éducatif égyptien a accueilli plus de 40 000 syriens.
Par conséquent, tous ces pays font des efforts considérables pour sauver les populations syriennes. Donc nous devons faire de même. Il est inadmissible que certains soient choqués par l’attitude de certains gouvernements occidentaux mais quand il s’agit d’accueillir plus de syriens chez nous, ils deviennent gênés.
Également, il y a un élément extrêmement important et urgent. Un fonds spécial doit être crée au niveau de la Ligue arabe ou de l’OCI, tous les États parties doivent contribuer au financement de ce fonds dont l’objectif est d’offrir des conditions de vie descentes aux ressortissants syriens présents dans tous ces États. Surtout les pays du Golfe qui se sont montrés sceptiques à l’idée d’accueillir les syriens en invoquant le faux prétexte de leur sécurité. Comme s’ils étaient plus soucieux de leur sécurité que les États occidentaux. Donc ils ne veulent pas ouvrir leurs portes, ils doivent payer. Les sommes qu’ils ont injectées jusque là demeurent dérisoires par rapport à leurs dépenses en matière d’armement ou en matière footballistique. Nos amis du Qatar ou d’Abu Dhabi ne savent plus compter les milliards et investissent sans fin quand il s’agit du PSG ou de Manchester City mais les syriens peuvent attendre. Et bien ce fonds doit voir le jour le plutôt possible pour permettre une vie digne à tout syrien dans n’importe quel pays arabe.
N’oublions pas que certaines monarchies du Golfe ont financé certaines organisations et certains groupuscules extrémistes en Syrie. Et n’oublions pas qu’en Tunisie, quand Moncef Marzouki était président provisoire et qu’ennahdha dirigeait le gouvernement, ils ont sciemment laissé partir des milliers de jeunes tunisiens combattre en Syrie. Le résultat est que l’un des principaux contingents terroristes en Syrie est celui formé par les tunisiens.
Par conséquent la moindre des choses aujourd’hui est d’ouvrir nos portes à nos frères syriens.
Il est évident de rappeler qu’un grand nombre de tunisiens est prêt à aider les syriens qui viendront en Tunisie. La grande mobilisation lors de cette rentrée scolaire pour aider les familles nécessiteuses et pour rénover les écoles vétustes montre que la solidarité existe et existera encore chez nous.
J’espère que les autorités se mobiliseront en faveur de cette cause et ceci sans tarder car entre temps la guerre persiste et la tragédie de tout un peuple continue. Nous devons donc accueillir nos frères syriens.
Chedly Mamoghli

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