Algérie - Battre sa femme ? Il y a encore des politiques pour trouver ça normal !

Les députés ont voté hier la loi qui punit les maris violents. Mais au sein de l’hémicycle, des parlementaires ont dénoncé un texte qui «menacerait la famille».
«Pour un pays musulman, c’est bien. Mais pour les attentes des femmes, y’a du boulot.» La loi contre les violences faites aux femmes a été votée hier à la mi-journée, à l’Assemblée populaire nationale (APN), sans convaincre. Cette modification du code pénal dispose que «quiconque porte volontairement des coups à son conjoint, et en fonction des blessures, risque de 1 à 20 ans de prison avec la réclusion à perpétuité en cas de décès». Premier acte, les députés de l’Alliance de l’Algérie Verte décident de ne pas participer au vote et restent dans les couloirs du Parlement. «C’est un copié-collé des textes occidentaux, dénonce Naamane Laouar, chef du groupe parlementaire.
Il ne prend pas en considération les différences culturelles et cultuelles. Nous sommes contre les agressions contre la femme, contre l’homme, mais pourquoi parler de l’époux ? Les relations du couple sont une situation interne, pourquoi interférer au sein de la famille ? Il ne faut pas spécifier. Ce texte va donner le choix aux hommes, pour régler les affaires de famille, entre la prison et le divorce. Mettre quelqu’un en prison est une violence. On ne règle pas la violence avec la violence».
Pudeur
Ce groupe parlementaire, qui estime qu’au lieu de modifier le code pénal, il faut «mettre en place une commission pour régler ces problèmes internes à l’amiable», s’était déjà fait remarquer mardi, lors du débat à l’APN. Le député Mohamed Daoui avait publiquement conseillé aux femmes de faire preuve de «pudeur» pour éviter les violences et le harcèlement sexuel. Le député indépendant Ahmed Khelif a déclaré, à l’AFP, que cette loi constituait «un musellement des libertés de l’homme et une façon de rendre licites les relations extraconjugales».
Selon lui, «il sera plus simple d’avoir une maîtresse que d’être marié et de courir le risque d’être poursuivi en justice pour n’importe quelle faute». Ces déclarations ont fait réagir Amnesty International Algérie qui s’est inquiétée, dans un communiqué, «de certaines positions inacceptables exprimées pendant les débats qui assimileraient ces dispositions à une atteinte à la famille et attribueraient la responsabilité de la violence de genre aux femmes et aux jeunes filles qui en sont victimes».
Abstention
Acte deux. Dans l’hémicycle, où 284 députés sont présents, la lecture des amendements se fait au pas de charge. Veste rouge vif, longs cheveux bruns, une femme s’attache à demander des améliorations de la loi. Nadia Chouiter, députée du PT, répète que «la mesure du pardon introduite par la loi ouvre la voie à l’impunité et à la culpabilisation de la femme qui refuse d’en faire usage». Mais alors que le vote commence, celle qui semble défendre la condition des femmes, s’abstient. «Tous nos amendements ont été refusés», explique-t-elle.
Pardon
Acte trois. Face aux caméras, le ministre de la Justice, Tayeb Louh, se félicite : «En dépit de la divergence de vues, il existe toutefois un consensus sur la nécessité de promulguer une loi pour protéger la femme. L’Algérie connaîtra davantage de progrès en termes de réformes pour combler le vide juridique et mieux prendre en charge certains fléaux sociaux passés sous silence.» Et d’ajouter : «Les harcèlements des femmes, notamment dans des lieux publics, se sont souvent soldés par des meurtres.»
Le texte, même s’il est qualifié de «pas en avant», est considéré comme insuffisant par les associations de défense des droits des femmes. Soumia Salhi, féministe et syndicaliste, estime que «la clause sur le pardon pose problème, car c’est une mise en échec de la parole des femmes et un message d’impunité aux auteurs des violences». Celles qui travaillent au quotidien avec des femmes victimes de violence dénoncent l’absence de précision sur les mécanismes de protection de celles qui dénonceront leurs conjoints.
Par Leïla Beratto
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