Tunisie : le premier gouvernement de la seconde République en six mots

En présentant le programme de son gouvernement pour obtenir la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), le chef de l’exécutif Habib Essid a mis son équipe à l’épreuve d’un régime parlementaire.
Liberté
La liberté d’expression est un acquis irrévocable de la révolution. Avec un ton rarement entendu dans l’hémicycle du Bardo, 163 députés sur 217 ont demandé la parole, mercredi 4 février, pour s’exprimer sur la composition du nouveau gouvernement avant le vote de confiance. Les élus ne se sont pas privés de critiquer l’attribution de certains postes ministériels. Certains ont rappelé le passé trouble du ministre de l’Intérieur, Mohamed Nejem Gharsalli, sous Ben Ali (il est accusé d'avoir été un magistrat aux ordres du pouvoir) et d'autres ont fustigé Habib Essid pour avoir écarté Khadija Cherif, militante des droits de l’homme pressentie au ministère de la Femme.
Confiance
Malgré les interventions très critiques qui ont précédé le vote, repoussé à jeudi matin, le gouvernement Essid a largement remporté la confiance de l’ARP. Sur 204 élus présents, 166 élus ont voté pour - largement plus que le seuil de 109 voix requis -, 30 contre et 8 se sont abstenus. Cette confortable majorité lui permet d'envisager sereinement les 100 premiers jours à partir desquels l’exécutif devrait esquisser un projet de  plan quinquennal. Avec l’appui de 166 parlementaires,  le gouvernement aura aussi les coudées franches  pour l’adoption de certaines lois qui nécessitent de réunir trois quarts des suffrages de l’assemblée.
Opposition
Le Front populaire, le courant démocratique, le Congrès pour la république (CPR) et des candidats indépendants se positionnent comme les partis qui composeront l’opposition mais ils représentent à peine 13 % de l’assemblée. "L’opposition devra s’exprimer à travers la société civile et les revendications de la rue", avance l'analyste politique Sofiane Ben Hanida.
Surveillance
Le vote de confiance est loin d'être un blanc-seing occtroyé au gouvernement. Certains élus, comme Bochra Belhaj Hamida (Nidaa Tounès), ont reproché à Habib Essid de ne pas s’être exprimé sur les difficultés rencontrées pour composer son gouvernement et sur les compromis passés entre les différents partis. L'action du gouvernement sera donc systématiquement scrutée, pesée et soupesée par tous les députés. Certains d'entre eux, comme Mbraka Brahmi (Front populaire), ont par ailleurs signifié qu’ils veilleraient à la protection du niveau de vie des Tunisiens ainsi qu’à l’établissement de toute la vérité concernant les dossiers des victimes d’actes terroristes.
Flou 
Très attendu sur son programme, Habib Essid n'a présenté que des grandes lignes prévisibles qui auraient pu être celles de n’importe quel exécutif. Restauration de l’autorité de l'État, grandes réformes, lutte contre le terrorisme, développement régional, réduction des disparités sociales, réforme de la justice, lutte contre le marché noir et l’évasion fiscale, actions pour l’environnement, amélioration de la productivité… Autant de points auxquels s’étaient également attelés les gouvernements précédents. À la décharge du chef du gouvernement, la situation très difficile du pays permet ce type d'approche "fourre-tout" et il lui aurait été  bien difficile d’être audacieux en tenant compte des exigences parfois contradictoires de la coalition gouvernementale.
Solennité
Malgré toutes les difficultés et les concessions partisanes opérées par Habib Essid et Nidaa Tounes, parti ayant une majorité relative au Parlement, la Tunisie a vécu deux journées journée historiques. Elle entre de plein pied dans sa deuxième république, conformément à la Constitution votée en janvier 2014. En adoubant un gouvernement issu des urnes, le pays clôt formellement la transition politique. Mais de nombreux élus expriment déjà leur déception ; ils estiment que le programme de Habib Essid est en deçà des attentes formulées par la révolution.
D'aucuns relèvent également une absence de représentativité des régions, notamment de l'intérieur, dans l’équipe gouvernementale alors que d'autres, comme Ameur Laarayedh, élu pour la formation islamiste Ennahdha qui participe au gouvernement, soulignent que l'approche gouvernementale en matière d’éducation et de culture devra se conformer à l’identité arabo-musulmane du pays - ou à tout le moins adopter une position neutre à ce propos.
Par Frida Dahmani, à Tunis
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