Vers un monde sans famine ?

Comment nourrir la population mondiale d’ici 15 à 20 ans et au-delà ? Quelle agriculture faut-il encourager pour répondre aux besoins de 9 milliards d’individus en 2050 ? Comment penser et faire évoluer notre modèle agricole aujourd’hui pour préserver l’avenir ? Dans Un monde sans famine (Dunod, 2014), François Ramade s’adresse aux décideurs, politiques, responsables de l’administration territoriale, ainsi qu’aux ingénieurs agronomes. Il leur adresse un plaidoyer argumenté et étayé pour la préservation de l’espace rural et une agriculture écologiquement intensive.
- « Un monde sans famine »… est-ce vraiment possible ?
Grâce à une organisation plus efficace de la coopération internationale, il serait possible de faire disparaître d’ici 2050 les famines aigües très localisées, comme celles qui ont frappé l’Éthiopie, en raison d’une baisse considérable de la productivité agricole régionale, due à des facteurs climatiques, de sécheresses conduisant à la destruction des cultures et à la mort du bétail.
 En revanche, l’éradication de la malnutrition d’ici cette date est peu probable, compte tenu des contraintes écologiques qui pèsent sur une extension de la production agricole et l’accroissement de cette production. Et ce, même en faisant appel à des techniques très performantes comme celles de l’agriculture écologiquement intensive.
 - Quelles sont les causes des grandes crises alimentaires ? 
Il convient de distinguer deux types de crises alimentaires, les crises alimentaires aigües et la malnutrition.
Les crises alimentaires aigües correspondent à des famines dont les causes sont plurifactorielles, climatiques et politiques. Elles se caractérisent par des difficultés de la production agricole dues à la conjonction de facteurs anthropiques (guerres, conflits politiques, inorganisation, mauvaise gouvernance…) et non anthropiques comme le climat.
 Quant à la malnutrition, elle sévit dans les grandes villes des pays pauvres en raison de l’accroissement en zones périurbaines d’une masse de sous-prolétariat à revenus très faibles. Aujourd’hui, 20 % de la population mondiale vit avec un dollar et demi par jour et 40 % avec moins de trois dollars. C’est cette population qui est victime des tensions sur les prix des denrées en raison de problèmes climatiques ou de spéculation sur les denrées alimentaires.
 Cette malnutrition résulte également de l’émergence dans des pays comme la Chine d’une classe moyenne aisée urbaine qui a modifié son alimentation grâce à son pouvoir d’achat. Ainsi, pour répondre à ces nouveaux besoins, essentiellement en aliments carnés, la Chine est contrainte d’importer 60 millions de tonnes de soja, destinées à l’intensification de l’élevage. Or, de façon plus générale, peu de pays excédentaires sont capables d’exporter des céréales et autres denrées alimentaires de base ce sont les États-Unis, l’Argentine, l’Australie, la Russie et la France. Entre 2025 et 2030, la Chine pourrait à elle seule absorber toute la production excédentaire des États-Unis !
 - Comment parvenir à une agriculture plus vertueuse ?
Le développement d’une agriculture vertueuse s’impose pour répondre aux besoins à plus de production agricole sans usage d’engrais ou de pesticides et qui s’appuierait sur la biodiversité.
 Une agriculture écologiquement intensive irait au-delà du bio traditionnel. Cela suppose une révolution dans les techniques culturales, et dans l’utilisation des variétés cultivées, car actuellement la production des denrées alimentaires se fait à partir d’un nombre très limité de telles variétés. Ainsi, en France, dans un passé relativement récent, 90 % de la production de pommes de terre était fondée sur une seule variété. Or ces variétés hautement productives sont vulnérables aux maladies et aux insectes ravageurs.
 L’élimination de l’usage des pesticides implique davantage de rotations de cultures et utilisant plus d’espèces variées, naturellement résistantes aux maladies et aux ravageurs.
 Augmenter ainsi les rotations de cultures en constituant des assolements complexes de huit à dix plantes au lieu de trois seulement, limitera maladies et insectes. Mais cela nécessite d’accroître la diversité de l’espace rural.
- Quels scénarios sont les plus crédibles pour 2050 ?
Il en existe plusieurs, mais les plus récents et globaux ont été produits par une instance de réflexion réunissant des experts en agronomie qui ont élaboré ceux d’Agrimonde.
 L’un de ces scénarios dénommé « Global orchestration » envisage la prolongation de l’agriculture intensive actuelle et conduit à la catastrophe, car le système s’écroulerait dans la deuxième moitié du siècle.  Le second scénario prévoit une agriculture intensive qui pourrait répondre aux besoins de 9 milliards d’hommes en 2050, mais en défrichant environ 15 millions de km² de terres tropicales, essentiellement les forêts et les terres de Sibérie, avec le risque de provoquer une dégradation irréversible des sols fragiles ainsi défrichés.
 Par ailleurs, ces scénarios ne font pas forcément recours à l’agriculture écologiquement intensive qui va bien au-delà de l’agriculture biologique, et qui prône par exemple la stabulation libre, loin de la pollution des productions animales « industrielles » qui ont conduit aux « vaches folles »,  aux « poulets aux dioxines », aux « porcs aux tranquillisants » ou « aux dindons aux sulfamides »...
En définitive, il apparaît de plus en plus évident que la réponse aux besoins alimentaires de l’humanité de pourra être satisfaite sans une authentique révolution dans la production agricole faisant recours aux méthodes de l’agriculture écologiquement intensive afin de maintenir de façon durable une productivité élevée. Néanmoins, cette condition certes nécessaire n’est pas suffisante si n’adviennent pas simultanément une stabilisation rapide des effectifs de la population mondiale et son ajustement ultérieur à un niveau compatible avec la durabilité des ressources naturelles qui lui sont nécessaires. Selon les agroécologues les plus renommés tels Lester Brown, cet effectif ne saurait excéder 7,8 milliards d’hommes.
Interview de François Ramade - dunod.com
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