Lewis Trondheim: Je me prends quand même au sérieux

Lewis Trondheim a réformé la bande dessinée à travers une profusion de livres. Rencontre avec un créateur exceptionnel.
Lewis Trondheim, autoportrait. «Bien malin qui peut dire à quelle sorte d’oiseau se réfère ma représentation graphique.» (Lewis Trondheim) 
L’œuvre grandit l’homme. Or celle de Lewis Trondheim est immense, protéiforme et tentaculaire. L’homme qui ouvre la porte de sa maison de Montpellier apparaît plus petit que dans l’imaginaire collectif. Mais le regard gris d’acier qu’il plante dans les yeux de son interlocuteur a l’intensité d’un laser. Après un rapide scan de l’âme, le dessinateur guide son hôte jusqu’à une terrasse que l’on connaît, de même que le jardin, la cuisine, la haie et le toit des maisons d’en face pour les avoir fréquentés dans Les Petits Riens.
Anchoïade, melon, rosé, c’est le Sud. Pas besoin de briser la glace, elle fond toute seule. Dense, enjouée, la conversation zigzague du cinéma, Louis de Funès et Tarkovski dans le même bain, à l’art de la couleur, car la femme de Trondheim, Brigitte Findakly, est une coloriste renommée, de la musique (le dessinateur aime les musiques de film, Nino Rota, Ennio Morricone, qui font «flamber l’imagination») à la science-fiction (ô Fredric Brown), en passant par les murex, ou «pointus», que l’on déguste dans le petit restaurant d’à côté. Quant au petit déjeuner, on le prend sur le front de mer, à Palavas-les-Flots, la station balnéaire immortalisée par Dubout, et c’est face au bleu que l’entretien se déroule.
Ombrageux et facétieux, moraliste et potache, exigeant avec lui-même et les autres, recherchant les contraintes pour s’en jouer, Lewis Trondheim, le stakhanoviste réjoui de la bande dessinée, a cette curiosité, cette générosité qui sont l’apanage des plus grands créateurs. Sous le masque de l’oiseau de proie qu’il arbore dans ses récits autobiographiques palpite l’humanité. Grande, très grande.
 Vous présentez à Lausanne votre première grande exposition personnelle. Quelles réflexions suscite ce travail?
Lewis Trondheim: En fait, je n’aime ni les expositions, ni parler de moi. Et je ne me suis jamais senti dessinateur. J’ai toujours voulu être scénariste. Raconter des histoires ne me pose pas de problèmes, mais j’ai dû apprendre à dessiner, parce que je ne trouvais personne pour mettre en images mes scénarios. Depuis vingt-cinq ans, j’ai donc un peu l’impression d’être un imposteur. Exposer des pages,ce n’est pas mon travail.
Par Antoine Duplan
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