Le goût et la couleur de la troisième Intifada

Les violents affrontements qui se déroulent ces jours à Jérusalem et dans une partie de la Cisjordanie sont-ils les prémices du nouveau soulèvement palestinien? Pas encore…
Nul, en 1987, n’avait vu venir la première Intifada. Treize ans plus tard, alors que tout était différent mais qu’au fond rien n’avait changé pour les Palestiniens, personne n’avait voulu entendre résonner à nouveau les tambours de la révolte et voir s’approcher la deuxième vague.
Cette fois, ce n’est pas pareil. Pour être prédite, annoncée et redoutée depuis des années, la troisième Intifada palestinienne se fait attendre. A tel point qu’il y a à peine quelques jours le président palestinien, Mahmoud Abbas, mettait en garde: «Nous ne lancerons pas une Intifada qui nous détruirait.» Au risque, pour un chef de l’Autorité palestinienne récalcitrant, que cette prochaine insurrection éclate non seulement malgré lui, mais aussi contre lui.
Pour en avoir le goût et la couleur, les violents affrontements qui se déroulent ces jours à Jérusalem et dans une partie de la Cisjordanie ne sont pas – encore? – les prémices de cette nouvelle éruption. Mais ces violences n’en sont pas moins le reflet d’une situation peut-être plus dangereuse encore.
Alors que personne n’a intérêt à une déflagration générale, la mort de trois adolescents israéliens suivie de celle d’un jeune Palestinien montrent aujourd’hui combien, de part et d’autre, ceux qui devraient être les garants d’une sorte de paix – ne fût-elle que de façade – ne contrôlent plus leur propre camp. Après avoir laissé fleurir autour de lui tous les extrémismes, l’Israélien Benyamin Netan­yahou est désormais débordé par le secteur des colons insensés qui, au vrai, donnent déjà le ton au pays depuis un certain temps. Accusée de jouer le jeu des Israéliens, réduite à la mission d’administrer le fiasco ambiant, l’Autorité palestinienne n’est, de son côté, pas seulement incapable de s’entendre avec le Hamas (au pouvoir à Gaza et tenu pour responsable de la mort des trois jeunes Israéliens), mais continue de perdre à grande vitesse ses dernières miettes de crédibilité.
Les deux Intifadas avaient concentré pendant des années tous les périls qui guettaient le Proche-Orient. Aujourd’hui, le risque, c’est que le combat national palestinien finisse par devenir un affluent de plus de la guerre politico-religieuse qui submerge toute la région. Le Hamas lui-même a toutes les peines du monde à contrer ces nouvelles sources de fanatisme. Si elle devait avoir lieu, la troisième Intifada s’abreuverait sans doute abondamment à cette eau-là. Un cauchemar.
Par Luis Lema
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